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vendredi 16 février 2018

Grand bourgeois

Rien de plus fat qu'un grand bourgeois imbu de son importance et de sa (supposée) supériorité.

À qui la faute ?

On entend souvent dire que les citoyens sont cyniques et désabusés envers la vie politique et on leur en fait le reproche. Mais, à qui la faute ?

Logique marchande

Quand tout se résume à une logique marchande, tout devient un produit à vendre.

Logique comptable et savoir

Nos universités sont gérées comme des entreprises. La seule logique comptable y prévaut partout.

Si on en juge...

Si on en juge par nos dirigeants, il est évident que nos sociétés sont en pleine décadence.

Question politique

Où sont les grands hommes et les grandes femmes d'État ? Nous ne voyons que des arrivistes et des pantins.

dimanche 11 février 2018

Brève discussion sur l’histoire et la mémoire


Il s'agit d'une version préliminaire d'un texte rédigé avec Stéphane Trudel (UQTR) pour un ouvrage collectif sous la direction du professeur Marc-André Éthier.

Introduction
Depuis maintenant une quarantaine d’années, l’histoire et principalement son enseignement semblent en crise. Alors que certains voient, dans le renversement du récit unique au profit des micro-récits multiples, une déstructuration de l’histoire, une autre perspective, elle, appelle plutôt à une certaine forme de renforcement par une approche dialectique. Désormais, l’histoire n’appartient plus exclusivement qu’aux « grands », mais elle nous provient aussi du regard des victimes, de la veuve, du simple militaire de rang, du boulanger ou même des enfants. Entrelacées comme les chapitres d’un roman, ces multiples prises de vue nous permettent maintenant de relire une histoire trop longtemps racontée de manière édulcorée. Assurément, certains pourront reprocher cette place délaissée par les récits nationaux au profits de mémoires cultivées par divers groupes qui se considèrent comme les victimes laissées derrière par les grands vainqueurs. Toutefois, cette façon d’explorer les « lieux de mémoire » permet une nouvelle approche de plus en plus considérée au niveau de l’historiographie, qui permet, entre autres, aux divers médias, comme la littérature et le cinéma, de livrer de nouvelles interprétations des grands récits autrefois livrés exclusivement par les milieux académiques.
D’ailleurs, ces relectures effectuées au cinéma et en littérature font en sorte que nous assistons désormais à des trames narratives qui nous présentent la vie de trois ou quatre acteurs secondaires (le boulanger, le lieutenant, la veuve) avec, en arrière-plan, la grande histoire nationale, qui nous est rappelée – il importe de le préciser -, mais sous une perspective différente. Cette façon de faire correspond tout à fait aux approches pédagogiques qui ont présentement la cote et qui appellent à la co-construction ou à la socio-construction des savoirs. L’histoire appartient désormais au peuple et non plus seulement aux États. La réalité n’est plus celle des gagnants, mais plutôt une forme de synthèse ou d’ethanalyse entre les diverses perspectives, réalités ou prises de vues. Dans un mouvement dialectique, l’histoire, qui est racontée par ses grands acteurs, est venue façonner le monde dans lequel elle s’inscrit, qui à son tour, vient influencer cette lecture de l’histoire, par son regard rétroactif, le récit que nous faisons de cette histoire renouvelée. Il ne s’agit pas d’un révisionnisme, mais plutôt d’une grille d’analyse plus étendue, qui permet de reprendre en considération les nombreux angles morts laissées en plan par le grand récit mythique. Pour bien saisir l’essentiel de cette transformation, nous poserons notre regard sur l’évolution récente de l’historiographie, pour ensuite analyser les conséquences philosophiques d’un tel changement de paradigme, autant au niveau phénoménologique, qu’herméneutique. Finalement, afin d’enrichir les éléments déterminants de cette dialectique mémoire/histoire, nous tenterons d’illustrer de quelle manière l’histoire et la société ont pu mutuellement s’influencer dans leur détermination.
1. Passage de l’histoire à la mémoire
L’anthropologie nous apprend que l’être humain cherche depuis toujours un sens à ce qu’il vit non seulement individuellement mais collectivement. Dans les sociétés traditionnelles, ce sens était donné par le mythe, récit fictif certes, mais souvent vu comme véridique, d’un passé donnant les clés de compréhension du monde et de la société (Kilani, 1989) Dans les récits mythiques, le passé est vu non seulement comme ce qui fournit la clé pour comprendre le présent mais aussi comme état de perfection vers lequel il faut tendre (Laplantine, 1987). Ce faisant la société s’explique à elle-même, trouve les arguments justifiant la culture, les structures sociales et son rapport aux autres. À travers le mythe, la société se donne une identité propre (Bouchard, 2003).

Dans la Grèce antique, l’essor de la philosophie a marqué une rupture par rapport au récit mythique et à son explication du monde (De Romilly, 2005; Narbonne, 2016; Lloyd, 1990 et 1992).  La Raison doit désormais être le guide pour se comprendre individuellement et collectivement dans le monde (Hansen, 1993, 2001, 2010; Vidal-Naquet, 2009). Les Grecs anciens nous ont livré un nouveau rapport au monde, marqué par l’attitude critique, qui a mis en évidence l’indépendance de la pensée, le questionnement sur le monde et la discussion (Hartog, 2015 ; Meier, 1987, 1995 ; Ober, 1998 ; Raaflaub, 2004). Après un détour par les doctrines chrétiennes et musulmanes, cette perspective critique nous est revenue au sein de la modernité. Cet esprit critique était déjà apparent au niveau des arts (Poétique d’Aristote, entre autres, en plus de tous les mythes), au niveau de la religion (Pluralisme) et au niveau de la politique (démocratie semi-directe, mobilisation citoyenne, obligations civiques).
La tentative de Thucydide de rédiger une histoire objective, rapportant les faits, La guerre du Péloponnèse, s’inscrit dans cette mouvance grecque d’une sortie du mythe et d’une mise en avant de l’objectivité, Nous avons là les premiers balbutiements de l’histoire comme « discipline intellectuelle » visant le vrai plus que l’édification (Wallace, 1994). Cette manière de faire l’histoire va toutefois rester marginale jusqu’à ce que l’histoire deviennent vraiment une spécialité disciplinaire. L’histoire récit à visée « idéologique » (à savoir celle qui met en place un récit édifiant, identitaire, magnifiant la grandeur d’un personnage ou d’un collectif) demeure la plus courante jusqu’au 19e siècle.

En fait, très tôt dans l’humanité, bien au-delà des écrits sur papyrus, parchemins, rouleaux ou codex, l’histoire est présente sur différents supports : statues, monuments, pierres tombales, peintures, fresques, théâtre, chants, etc. Donc l’histoire s’affiche, se donne à voir. Elle remplit, se faisant, son rôle idéologique de « liant » pour la société, de vecteur identitaire, de mémoire.  Il ne faut pas s’étonner que, de manière générale, encore aujourd’hui, la construction d’un récit historique joue un rôle politique, en permettant à l’État, par l’élaboration d’un récit romancé, de renforcer la fierté nationale. « Au demeurant, dans tous les pays, l’enseignement de l’histoire à l’école a contribué à constituer des récits codés, farcis de « faits », d’images et d’interprétations qui ont réussi à enfermer les histoires nationales dans des cadres rigides qui ont imprégné les consciences individuelles et collectives. » (Dumont, 2014, p. 19) Toutefois, au-delà de cette histoire fort intéressante et fort enrichissante, qui est inévitablement parvenue à influencer les mœurs, existe une autre forme d’histoire qui a cherché à répondre à ce récit des « grands acteurs ». C’est d’ailleurs à partir des années 1960 que le ton a pu changer, alors que se développa une perspective critique de l’historiographie classique, qui allait déconstruire, bouleverser les stigmates et chercher le renversement des romans nationaux. Par contre, cette tâche n’allait pas être facile, car les sources qui permettent le renforcement des récits nationaux ou de l’histoire avec un H, sont multiples : « Les visages actuels de l’histoire sont multiples : sites historiques, parcours patrimoniaux, musées, films, romans, émissions de télévision, thèses savantes, dictionnaires, monographies, biographies, ouvrages de synthèse, ouvrages de vulgarisation, collection de documents, encyclopédies, albums d’art, etc. » (Dumont, 2014, p. 15-16)

Quoiqu’il en soit, le retour en arrière, suite à la naissance de cette perspective critique, n’est plus possible. L’histoire est à l’heure des particularismes et des identités multiples. Les histoires, par leur régionalisme et par leur proximité avec le vivant, remplacent l’histoire. Plusieurs sont désormais nostalgiques de cette époque où l’histoire était enseignée de manière plutôt autoritaire et, pour l’essentiel, constituée autour de grands récits. Par contre, la période des années 1960-1970 correspond tout à fait avec une période d’ébullition critique des sociétés (tout particulièrement au Québec), qui au niveau de l’éducation, a ouvert la porte au renforcement du cognitivisme, à l’entrée en scène du constructivisme et à l’introduction au socioconstructivisme lesquels, de manière successive, sont venus bouleverser littéralement le domaine de l’enseignement. Malheureusement selon certains, l’enseignement de l’histoire n’a pas su y échapper. Ainsi, aux yeux de ces derniers, la « déchronologisation » de l’histoire a eu des effets néfastes dont le plus évident serait l’appauvrissement des connaissances des jeunes élèves et des étudiants. Aux dires de certains nous serions entrés dans une période d’effritement de l’histoire caractérisée par la fragilisation de la compréhension du passé.
Inversement, plusieurs sauront reconnaître que l’histoire qui nous fut racontée a fait son lot de victimes, qui réclament désormais à leur droit à la reconnaissance et leur droit à la souffrance. « Pendant longtemps, l’histoire a eu pour objet presque exclusif les institutions politiques, les États, les Empires, les gouvernements, les systèmes dynastiques, les guerres et les conquêtes. » (Dumont, 2014, p. 24) Occultés par les grands héros, ces laissés pour compte furent tenus au silence pendant des dizaines, des centaines et, dans certains cas, des milliers d’années. Les universités ont donc dû, elles aussi, adapter leurs enseignements et s’ouvrir aux soixante-huitards et à leurs successeurs. Elles ont dû écouter ceux qui n’avaient pas d’histoire. Certains sauront critiquer le cinéma qui, apparemment, n’offre plus de grandes œuvres et fait désormais dans la fiction. Leurs opposants, eux, pourront louanger les relectures contemporaines par leur dynamisme, leur réalisme et le fait, justement, qu’ils tentent de dépasser les « grandes fictions ». Cette grande histoire qui avait pour but de faire le ménage entre les mauvais et les bons dirigeants, puis de redorer les identités nationales des pays porteurs de mauvais souvenirs, n’est pas pour autant rejetée, mais est appelée à s’inscrire dans une nouvelle dialectique où l’ensemble des acteurs ont un rôle à y jouer, soit leur propre rôle !
Ainsi, un basculement significatif s’est opéré quant au sujet de l’histoire (homme blanc). Désormais, il nous faut penser celle-ci au regard des victimes et des oubliés. Il est de plus question de théories poststructuralistes qui considèrent le caractère dialectique de la connaissance historique (Dumont, 1995 ; Freitag, 2011). Il est question de l’enracinement des chercheurs, de leurs subjectivités et de leurs idéologies. « L’insistance sur le double sens du mot histoire qui désigne à la fois les faits tels qu’ils se sont produits et le récit de ces faits adressés à la postérité, souligne […] le caractère censé être constitutif de l’histoire qu’est, selon les uns, l’identité de la réalité et de la conscience, et selon d’autres, l’inséparabilité de l’action et de la réflexion, que seule l’écriture est censée rendre possible. » (Pomian, 1999, p. 348) De plus, comme l’histoire peut être locale, régionale et nationale, certaines questions se posent alors : est-ce qu’une histoire globale ou universelle est possible ? Est-ce qu’une histoire transcendante, qui dépasserait les configurations contextualisées, peut encore être envisagée après de tels bouleversements survenus au sein de l’historiographie ? Pour François Hartog (2001), il y a une dérégulation de la lecture du passé et un changement de régime d’historicité « Dans cette perspective, l’essor de la notion d’usages publics de l’histoire – quand bien même n’est-elle pas l’objet d’une définition unifiée – est intimement lié à celui de la mémoire et à la façon dont se recomposent le rapport des sociétés contemporaines à leur passé et la perception collective de leur devenir. » (Garcia, 2010, p. 913) Il est donc question d’une nouvelle histoire, l’histoire structurale, qui dépasse par sa complexité l’histoire événementielle.
Certains auteurs vont plus loin dans leur analyse du discours des vaincus et de la nécessité d’inclure celui-ci dans le « Grand récit », alors qu’il est parfois question d’un « devoir à l’endroit des morts ». Il y a une nouvelle tendance à mettre en évidence le caractère de « responsabilité », qui ne faisait pas partie du discours des historiens classiques. Il y a d’ailleurs une grande remise en question sur la provenance et les sources intellectuelles qui rendent possible ce « Grand récit », alors que les historiens contemporains se veulent plus critiques de ces sources (Nora et Chandernagor, 2008 ; André, Dreyfuss-Asséo, et Hartog, 2010 ; Raaflaub, Ober et Wallace, 2007 ; Delacroix, Dosse, Garcia et Offenstadt, 2010 ; Pomian, 1999 ; Dumont, 2001). Ce caractère de « responsabilité » face à la production de récits historique s’avère particulièrement significatif en ce qui a trait au monde de l’éducation, car ce qui, parmi toute la production historiographique, sera retenu, fera en sorte de renforcer une perspective au détriment des autres. Alors que l’histoire fut généralement marquée par une grande contingence, son récit nous est souvent livré sous l’angle de protagonistes qui seraient parvenus à la maîtriser. La création de ces récits nationaux joue donc un rôle incontournable en ce qui a trait à l’éducation populaire et à la formation des futurs citoyens ou chercheurs. Une importance significative ou, encore, justificative est accordée à la guerre dans la construction de l’histoire « nationale ». L’examen du Canada est parlant, avec l’importance muséale accordée à la Seconde grande guerre. La pensée des vainqueurs y est propagée, alors qu’en réalité, les faits témoignent tout de même d’une importance limitée en ce qui a trait au rôle du Canada. De plus, il semble évident que le camp des « vaincus » est évacué d’un tel discours. Leur présence viendrait ternir grandement cette aura plutôt glorieux.
Souvent, dans cette histoire « nationale », peu d’importance est accordée à l’articulation critique du récit.  Plusieurs éléments sont juxtaposés de manière inarticulée. Une image morale globale est plutôt visée, par la mise en évidence de certains héros que tout homme pourrait incarner. Il s’agit pratiquement d’une histoire qui repose sur la construction d’idéaux-types assez grossiers. Au regard d’un tel constat, on peut donc souhaiter voir se constituer une analyse herméneutique critique qui dépasse le simple cumul de faits et qui permet un basculement entre les diverses prises de vue. Le cas du « mythe » américain en est un bel exemple, alors qu’un débat perdure entre la nécessité de réviser le récit historique surfait, pour redonner une voix aux victimes et enrichir la conscience collective américaine – i.e. dégonfler quelque peu l’Ego collectif américain – ou, encore, de maintenir cette lecture mythique qui présente les États-Unis comme le Maître de l’histoire. D’ailleurs, une citation retenue du Houston Chronicle du 9 octobre 1994 résume assez bien cette ambiguïté face à ce qui fut retenu comme « Grande histoire américaine » : « Enough of John Wayne, show us some blacks, some Mexicans, some Indians. We’re proud of our heritage. Why should we take a back seat. » Figure des victimes, récits émotifs populaire versus grand livre rationnel de l’État : les victimes de l’Histoire visent la reconstruction de celle-ci pour obtenir « réparation ». Il semble désormais être plutôt question d’une certaine forme de présentisme et de la création d’un nouvel espace public. C’est d’ailleurs au regard d’un tel constat, qu’il s’avérera maintenant pertinent d’évaluer la portée philosophique d’un tel basculement de l’Histoire au profit « des » histoires.
2. Synthèse épistémologique : entre phénoménologie et herméneutique
Les discours philosophiques qui ont porté sur cette ébullition de l’historiographie sont riches et diversifiés. D’une part, il est possible de se rattacher au discours classique d’une histoire globale, cosmopolite et qui permet de mieux saisir la marche de l’humanité, par la compréhension analytique d’une raison instrumentale incarnée par les grands événements et les grandes figures. D’autre part, suite à certains travaux d’auteurs plus critiques de la seconde modernité allemande, le courant phénoménologique est venu ouvrir la porte aux perspectives plurielles, singulières et plus proches du vécu des acteurs (Depraz, 2006 ; Huneman et Kulich, 1997).  Portés tout d’abord par Edmund Husserl, ce courant a donné lieu à une très riche succession, qui en passant par des auteurs comme Marc Richir et Michel Henry, a pu culminer vers des travaux comme ceux de Jean-Michel Salanskis, mais aussi opérer un certain basculement vers l’herméneutique, à l’exemple des travaux de Gadamer (1996a et 1996b). Par ce basculement, l’herméneutique est venue produire un certain dépassement de la phénoménologie en illustrant le rapport aux sources et aux configurations, qui sont producteurs d’une certaine forme de compréhension qui nourrit la perspective phénoménologique des acteurs (Grondin, 2003, 2011). Au niveau de l’histoire, cette prise de vue nous permet de mieux comprendre de quelle façon le regard des historiens est tout aussi enraciné et contextualisé que celui des acteurs parfois secondaires, mais encore plus concernés par certains événements historiques réels, qui demandent le droit d’être entendus par cette relecture historique en ébullition.
2.1 Lorsque la philosophie se mêle d’histoire
Il existe un vieux contentieux entre les philosophes et les historiens. Ce contentieux prend racine dans la philosophie de l’histoire, courant de la philosophie qui, déjà chez les Grecs anciens, avait pour ambition de mettre au jour le sens universel de l’histoire (Lagueux, 2001).
Généralement portée par les auteurs canoniques que sont Kant et Hegel, cette idée d’une philosophie de l’histoire a elle aussi connue un basculement similaire à celui rencontré par l’historiographie, sous la plume de Nietzsche. Tandis qu’Hegel faisait l’éloge des « grands hommes » ou des « figures de l’esprit », Nietzsche, de son côté, s’en prenait à Dieu, à tous les dieux, en fait, afin de mettre à l’avant-scène le pouvoir de l’homme, de la raison, des peuples et du « surhumain ». Comme l’histoire des grandes figures a dû laisser une part significative de son terrain aux peuples maintenus dans l’obscurité, les « grands hommes » hégéliens ont dû laisser leur place aux citoyens, marqués par l’obscurantisme, qui étaient en quête de validité.
Chez Hegel, le lien entre ces « grands hommes » et la culture dans laquelle ils s’inscrivent est bien évidemment dialectique, alors que ces figures incarnent en quelque sorte la pensée populaire, retenue en silence, mais d’une manière explicite. En fait, ces figures disent tout haut ce que le peuple pense tout bas. C’est pourquoi, Hegel a donné régulièrement en exemples Descartes et Napoléon, ce dernier représentant d’ailleurs pour le philosophe allemand la figure même du grand homme porteur de la pensée de son peuple :
Il serait vain de résister à ces personnalités historiques parce qu'elles sont irrésistiblement poussées à accomplir leur œuvre. Il appert par la suite qu'ils ont eu raison, et les autres, même s'ils ne croyaient pas que c'était bien ce qu'ils voulaient, s'y attachent et laissent faire. Car l'œuvre du grand homme exerce en eux et sur eux un pouvoir auquel ils ne peuvent pas résister, même s'ils le considèrent comme un pouvoir extérieur et étranger, même s'il va à l'encontre de ce qu'ils croient être leur volonté. Car l'Esprit en marche vers une nouvelle forme est l'âme interne de tous les individus ; il est leur intériorité inconsciente, que les grands hommes porteront à la conscience. Leur œuvre est donc ce que visait la véritable volonté des autres ; c'est pourquoi elle exerce sur eux un pouvoir qu'ils acceptent malgré les réticences de leur volonté consciente : s'ils suivent ces conducteurs d'âmes, c'est parce qu'ils y sentent la puissance irrésistible de leur propre esprit intérieur venant à leur rencontre. Si, allant plus loin, nous jetons un regard sur la destinée de ces individus historiques, nous voyons qu'ils ont eu le bonheur d'être les agents d'un but qui constitue une étape dans la marche progressive de l'Esprit universel. (Hegel, 1965, p. 123)
Pour Hegel, les grandes figures incarnent cette forme d’esprit collectif ou de pensée partagée qui avance, est façonnée par l’histoire et façonne cette dernière de manière réciproque ou, comme l’aurait dit Hegel lui-même, de manière dialectique. Les « grands hommes » sont donc le produit et la source de cette histoire en marche perpétuelle. Ces « grands hommes » deviennent ainsi indispensables au grand récit et mettent en évidence une part significative du « devoir-être » symbolique auquel les intellectuels, autant philosophes que sociologues, réfèrent de manière continue. Conséquemment, une telle conception des « grands » de l’histoire et du discours des privilégiés a trouvé écho lors de l’élaboration de la pensée universelle du discours. Cette reconnaissance du caractère quasi-programmatique de l’histoire a immensément influencé la façon dont celle-ci a pu être accueillie, interprétée et enseignée. Chez Kant, par exemple, l’histoire avait une portée universelle, cosmopolitique, qui avait un pouvoir de construction similaire à celui de la nature :
Quel que soit le concept qu’on se fait, du point de vue métaphysique, de la liberté du vouloir, ses manifestations phénoménales, les actions humaines, n’en sont pas moins déterminées, exactement comme tout événement naturel, selon les lois universelles de la nature. L’histoire qui se propose de rapporter ces manifestations, malgré l’obscurité où peuvent être plongées leurs causes, fait cependant espérer qu’en considérant (dans les grandes lignes) le jeu de la liberté du vouloir humain, elle pourra y découvrir un cours régulier, et qu’ainsi, ce qui dans les sujets individuels nous frappe par sa forme embrouillée et irrégulière, pourra néanmoins être connu dans l’ensemble de l’espèce sous l’aspect d’un développement continu, bien que lent, de ses dispositions originelles. (Kant, 1947, p. 26)
Ainsi, chez Kant, l’histoire, en plus de s’inscrire au sein des causes naturelles, tend à être connue de « l’ensemble de l’espèce » et suivre « un cours régulier ». Elle est cette histoire aux « grandes lignes » qui permet un récit uniforme facilement mis en forme. Toutefois, même chez Kant, l’histoire a un quelque chose qui dépasse la simple marche naturelle, alors qu’elle est aussi ce qui permet aux hommes de ne pas considérer seulement leurs pulsions et leurs intuitions, mais de plutôt chercher à faire écho à ce grand récit de l’humanité et à poursuivre le développement des grandes civilisations. Par la culture, les arts et les diverses connaissances, la société assure sa pérennité et demeure vivante au niveau des générations successives (principe que connaissent bien les sociologues). Les hommes ne s’inscrivent jamais dans un univers déconnecté, mais plutôt au sein d’une construction assez forte et aux référents considérables, construction qui permet aux hommes de se rattacher à un récit unique. D’ailleurs, les huitième et neuvième propositions de Kant, dans La philosophie de l’histoire, parlent beaucoup en ce sens :
On peut envisager l’histoire de l’espèce humaine en gros comme la réalisation d’un plan caché de la nature pour produire une constitution politique parfaite sur le plan intérieur, et, en fonction de ce but à atteindre, également parfaite sur le plan extérieur ; c’est le seul état de choses dans lequel la nature peut développer complètement toutes les dispositions qu’elle a mises dans l’humanité. […] Une tentative philosophique pour traiter l’histoire universelle en fonction du plan de la nature, qui vise à une unification politique totale dans l’espèce humaine, doit être envisagée comme possible et même comme avantageuse pour ce dessin de la nature. (Kant, 1947, p. 40-43)
De cette façon, le caractère « naturel » de l’histoire découle de sa capacité à inscrire les actions humaines dans la cohérence d’un métarécit qui dépasse celui du quotidien. Cette histoire appelle les hommes à s’en inspirer, pour ensuite s’y inscrire et devenir en quelque sorte des hommes proprement universels (qui dépassent même les ancrages nationaux). Cela est tout de même très proche de ce que proposait Hegel, non pas au sens où cette histoire ne porte que sur les grandes figures, mais plutôt au sens où Hegel suggère que l’humanité se développe de synthèses en synthèse. C’est d’ailleurs ce qu’Hegel qualifie de Dialectique. Ce mouvement, de synthèses en synthèses, passe par le mariage entre une thèse (une idée, un événement ou tout autre élément) et son antithèse (contre-proposition ou contre-argument, événement opposé ou conséquence) pour produire une nouvelle réalité. Chez cet important représentant de l’idéalisme allemand, les guerres représentent, par l’opposition d’une nation ou d’un mouvement (pensons ici aux conflits des religions) qui vient répondre à une autre nation ou à un mouvement opposé, en réponse ou en écho à celle/celui-ci, une forme de synthèse dialectique entre deux peuples ou deux idées. Ultimement, l’histoire vue par Hegel « avance » littéralement vers la réalisation de la Raison ; il y aurait donc perfectibilité du monde. Cependant, l’histoire est venue nous rappeler que tel n’est pas le cas. L’humanité ne semble pas en marche vers une apothéose de la Raison comme les camps de la mort nazis nous l’ont douloureusement montré (Bossy, 2014). Néanmoins, si la philosophie de l’histoire d’Hegel est aujourd’hui abandonnée, sa conception dialectique du devenir, entre l’homme, la société, leur environnement et leur histoire, a ouvert la porte au courant phénoménologique au sein duquel Edmund Husserl et Jean-Michel Salanskis s’inscrivent.
2.2 Partage de sens et accès à l’essence
Michel Salanskis, dans son ouvrage Partage de sens : une présentation de l’ethanalyse (2014), propose une avenue qui vise à illustrer comment nous articulons notre vie dans la culture, en plus d’explorer notre façon d’en profiter, de l’organiser et les horizons qu'elle nous offre. Son approche nous permet de mieux saisir les sens dont elle nous propose le partage, afin de mieux nous guider devant la pluralité des options qui s’offrent à nous. Par sa méthode, Salanskis propose la synthèse entre les perspectives phénoménologiques de chacun, dans le but de procéder à ce qu’Husserl qualifiait de réduction phénoménologique, et accéder à l’essence de ce sens partagé. Il semble qu’il y ait dans ce discours, de nombreux éléments qui peuvent faire écho au débat qui marque l’historiographie et cette quête d’une méthode optimale pour lire l’histoire. La méthode de Salanskis permet de considérer qu’il n’y a peut-être pas de « bonne méthode » en histoire, si ce n’est la combinaison des deux, soit du grand récit et des mémoires sensibles.
Cette intuition d’un partage des compréhensions rappelle justement l’idée de synthèse ou de dialectique apportée par Hegel, dans sa conception d’une histoire porteuse de sens pour l’humanité. Au-delà de cette conception dialectique hégélienne, les travaux de Salanskis semblent plutôt s’inscrire dans la lignée des découvertes apportées par Edmund Husserl, qui avec sa méthode de réduction phénoménologique, appelle à la synthèse non pas exclusive entre deux côtés opposés d’une même médaille, mais plutôt entre de multiples perspectives. Sans qu’il ne soit question de l’approche classique en phénoménologie, il est tout de même question de phénoménologie, mais plus précisément de la réduction phénoménologique, aussi connue sous l’appellation d’épochè (Husserl, 1907). Pour Husserl (1907), nous n’accédons jamais vraiment aux objets, mais nous appréhendons plutôt des phénomènes auxquels nous accédons à partir d’une perspective, laquelle nous permet ensuite d’inférer la plupart des particularités du phénomène appréhendé.
Afin d’illustrer cette idée de Husserl, on peut prendre l’exemple de la table. Vous savez, parce qu’il vous a été possible d’en faire le tour à maintes reprises, de la toucher, de la manipuler ou de vous déplacer au-dessus ou au-dessous, que la table qui se trouve devant vous a quatre pattes. Vous savez aussi que ces côtés sont plats, qu’elle a peut-être une gravure sur la bordure de ses pattes ou qu’elle a un teint de bois naturel. Vous le savez, mais vous est-il possible d’en témoigner et de l’affirmer hors de tout doute ? En fait, vous ne pouvez, tout au plus, qu’inférer que cette table qui est devant vous porte en elle toutes les caractéristiques que vous lui attribuez. Par contre, vous ne pouvez savoir si, entre le moment où vous vous trouviez du côté gauche et le moment où vous vous trouviez du côté droit, quelque chose n’a pas été modifié où retirer de celle-ci. Votre seule perspective ne vous permet aucunement de voir l’ensemble des quatre façades, le dessous, le dessus, le dessous des pattes et tous les autres détails présents sur cette table, au même moment. Vous êtes limités par vos sens certes, mais aussi par les conditions raisonnables du temps et de l’espace. Et il en va de même en ce qui a trait à notre compréhension de l’histoire.
Cette approche, qui s’applique généralement à la saisie d’un objet très délimité, afin d’accéder à ce que les phénoménologues appellent l’essence de celui-ci, semble toutefois s’appliquer à ce contexte historiographique où un appel à la mixité entre le grand récit et les mémoires fragilisées peuvent désormais nous donner accès à une compréhension plus complète et plus achevée de ce que l’histoire a « réellement » pu être. Il n’y a plus, selon cette perspective, que la prise de vue des grands qui importe, mais aussi celle des victimes et des oubliés. Et c’est en quelque sorte vers cette direction que Salanskis nous porte, avec son idée d’ethanalyse ou de partage de sens. Cette méthode, selon son auteur, nous permet d’accéder à une compréhension relativement exhaustive de concepts tels que l’amour, la politique, le sujet (Salanskis, 2007), le dialogue, le corps ou, encore, la mort (Salanskis, 2014). Il est donc imaginable de reprendre cette méthode et de construire des conceptions partagées d’événements historiques significatifs et à ce que Salanskis qualifie de régions de vérité. Par contre, suite à un long débat qui s’est justement tenu en parallèle avec la naissance de ces critiques historiographiques du « grand » récit, la perspective phénoménologique, reprise par Michel Henry, Jean-Luc Marion et plusieurs autres, est depuis hautement critiquée et tend à être dissociée de l’herméneutique, qui a désormais sa propre histoire et sa propre méthode. Afin de mieux comprendre les implications de l’herméneutique, en ce qui a trait à la compréhension que nous pouvons retenir de l’histoire, un passage du côté de l’herméneutique gadamérienne semble obligé.
2.3 Enracinement et compréhension productive
Une autre perspective philosophique qui semble correspondre à cette nouvelle réinterprétation des phénomènes historiques est assurément l’herméneutique gadamérienne (Deniau, 2004). L’importance accordée par Gadamer au caractère contextuel qui permet à l’historien de saisir le monde qu’il interprète produit un apport significatif à cette compréhension que nous suggérons d’une histoire qui puisse être plurielle. La tradition n'est pas une chose que nous pouvons mettre de côté. En vertu du principe du « travail de l'histoire », nous appartenons d'abord à une tradition historique et c'est à partir d'elle que nous abordons les choses. Par exemple, notre connaissance de l'histoire, de l'art, de la science ou des lois morales, notre compréhension de concepts tels que le bien, la vérité, l'objectivité, bref la manière suivant laquelle nous comprenons et nous questionnons le monde, tout cela relève d'abord d'une tradition historique et culturelle. Par conséquent, nos interprétations ne sont jamais neutres mais toujours conditionnées par la tradition dans laquelle nous vivons et qui forme la substance de nos préjugés. La tradition est à la fois ce qui limite notre compréhension et ce qui la rend possible, à la fois ce qui la contraint et ce qui l'ouvre.
Toute compréhension comporte une précompréhension, une structure d'anticipation qui est à son tour préfigurée par la tradition dans laquelle vit l'interprète et qui modèle ses préjugés. Cette compréhension préalable peut à son tour se déployer pour elle-même, se comprendre d'une manière explicite. Cette explicitation d'une compréhension préalable, telle est précisément la tâche de l'interprétation. L'idée d'une compréhension comme articulation d'une compréhension préalable correspond à la structure de ce qu’on appelle le cercle herméneutique. Ainsi, il est impossible d’envisager la présomption à une complète objectivité de la part des historiens et du récit qu’ils peuvent nous livrer. Comme leurs ancrages demeurent indépassables, il semble que cet enjeu entre une histoire des « grands » et une « mémoire des victimes » soit caduque ou du moins, relativement inerte. Si les historiens ont le droit de nous présenter ce qu’ils comprennent de l’histoire, à travers ces lunettes qui sont les leurs, pour quelles raisons, certaines victimes, qui ont parfois pu entretenir un rapport de proximité encore plus significatif avec l’histoire, ne pourraient pas nous livrer leur récit qui serait accueilli avec autant de validité que celui de l’historien enraciné ?
Si la compréhension s'enracine aussi dans le présent, dans les questions, les intérêts, les préoccupations et les attentes de sens de l'interprète, en d'autres termes si l'interprète est constitutif de la vérité herméneutique c'est que la compréhension comporte un aspect d'application à soi, une compréhension de soi (Simard, 2004). Comprendre c'est en quelque sorte traduire dans ses propres termes, appliquer à sa situation présente, trouver un éclairage pour sa propre vie. Comprendre veut donc dire avoir réussi à appliquer un sens à notre situation, avoir trouvé réponse à nos questions. Cette application n'a rien d’instrumentale ; elle relève plutôt d'une recherche de sens à partir de sa situation concrète, recherche de sens qui implique une ouverture à l'autre, et donc la possibilité d'un dialogue véritable. Ainsi, selon les thèses gadamériennes, l'être humain ne dispose pas d’une compréhension achevée et définitive sur le monde ; sa rationalité est par conséquent toujours limitée. De sorte que sa compréhension préalable est aussi un projet, une esquisse, un guide ouvert à des modifications et à des développements. Cette ouverture de la compréhension a la structure logique de la question. On pourrait le dire autrement. Si la compréhension comporte une application à soi, une compréhension de soi, et que l'application consiste dans la recherche d'un sens à notre situation actuelle, alors l'application obéit à la dialectique de la question et de la réponse. Par le questionnement, on s’ouvre à des nouveaux sens, à de nouvelles pratiques (Simard, 2004).
Si la compréhension est toujours conditionnée par une tradition historique, celle-ci vient à nous à travers le langage. Le langage n'est donc pas un outil neutre, extérieur à l'interprète, mais le véhicule même des traditions interprétatives. La langue parle en nous et nous constitue comme patrimoine de textes et de formes historiquement finies, comme ensemble de règles et comme dialogue interpersonnel (Gadamer, 1995). Nous appartenons au langage comme nous appartenons à l'histoire. Nous ne sommes pas devant, derrière ou au-dessus du langage pas plus que nous ne sommes devant, derrière ou au-dessus de l’histoire. Nous sommes en fait totalement immergés dans une tradition interprétative et langagière. En ce sens, le « travail de l'histoire » à travers le langage n'est pas entièrement transparent; il dépasse notre subjectivité, la limite tout en la rendant possible. Si l'interprétation est le ressort constitutif de toute activité cognitive et pratique, le langage est le mode d'être privilégié de cette activité interprétante. Si la compréhension est toujours conditionnée par une tradition historique, celle-ci vient à nous à travers le langage (Simard, 2004).
Dans le constructivisme qui règne actuellement en sciences humaines et sociales, il est d'usage de dire que nous construisons du sens. Or, la tradition de pensée phénoménologique et herméneutique nous apprend qu'à proprement parler, nous ne construisons pas de sens. Plutôt, nous le co-constituons en dialogue avec la chose visée. Cette manière de comprendre le sens qui advient évite ainsi un psychologisme naïf où l'ego apparaît comme souverain sur le monde. La tradition de pensée phénoménologique et herméneutique met en évidence le fait que l'ego est en dialogue avec une chose déjà porteuse de sens (Grondin, 2003). Pour les philosophes Gadamer (1996) et Ricoeur (1986), le dialogue joue un rôle de premier plan dans toute recherche de compréhension et de construction des savoirs, recherche qui ne peut jamais se reposer sur la possession définitive d’une vérité, et qui, pour cette raison même, implique une ouverture à l’altérité (que cette altérité s’incarne dans un texte, une œuvre d’art ou une personne en chair et en os).
En fait, la compréhension humaine est essentiellement dialogique : dialogue entre moi et l’autre, entre l’interprète et un texte, entre le présent et le passé. La compréhension et le langage présentent ainsi la structure dialogique de la question et de la réponse (Gadamer, 1996). La promotion d’un art du dialogue est donc associée à une prise de conscience de la finitude de la compréhension humaine et de l’impossibilité de parvenir à une connaissance définitive du monde. En contexte historiographique, cette compréhension étendue du rapport entre langage, réalité observée et production des perspectives, vient légitimer la requête des victimes en ce qui a trait à leur droit de parole et d’interprétation des événements qu’ils ont vécu. Sans chercher à produire une quelconque forme de révisionnisme, ils cherchent plutôt à reprendre la place qui leur revient, en se réappropriant le droit du partage de leurs vécus de signification. Une approche plus ouverte et plus inclusive de la part des historiens permet donc assurément de livrer aux lecteurs une compréhension simplement bonifiée et plus riche d’une histoire qui est déjà bien connue, mais pour laquelle il nous manque plusieurs prises de vue.
Selon nous, dans une certaine mesure il ne peut y avoir présentation de l’histoire sans une certaine mise en récit (Ricoeur,1986). Ainsi, il s’agit moins de remplacer l’histoire-récit par quelque chose d’autre que de savoir quelle histoire-récit est privilégiée. Comme le rappelle judicieusement Bruner (1996, 2005), l’histoire est nécessairement sélection de ce qui est jugé pertinent ou ne l’est pas (elle implique une forme d’évaluation des événements) et donc, ultimement, elle est proposition d’un récit; c’est-à-dire présentation d’une séquence d’événements et de leur raison d’être (pourquoi ce récit plutôt qu’un autre ou plutôt que le silence).
3. Impact sur la construction du social
Au-delà de cette tension qui persiste entre les défenseurs d’une grande histoire et ceux qui font la promotion des mémoires éprouvées, pour réactualiser notre compréhension de l’histoire, d’une manière plus inclusive, et cette synthèse entre phénoménologie et herméneutique, le caractère dialectique qui opère entre l’histoire et son peuple doit être souligné. Tout comme cela fut démontré en ce qui a trait à l’implication philosophique de ce discours entre histoires et Histoire ou, encore, entre Vainqueurs et vaincus, la perspective sociale compréhensive nous amène à considérer les conséquences plus empiriques de cette dialectique qui s’opère entre l’histoire comme acteur de changement et l’histoire comme réceptacle des intuitions et compréhensions altérées.
Considérée à l’origine comme une discipline externe à l’histoire, qui avait pour objet exclusif de s’intéresser au présent et aux enjeux sociaux actuels, de manière très souvent empirique, à l’aide d’études de terrain, la sociologie se retrouve désormais rattachée elle aussi à ce courant des relectures historiques contemporaines. En fait, la sociologie, comme l’histoire, s’est longtemps intéressé aux grandes figures, aux grands courants et aux grandes classes sociales (Herman,1988). Toutefois, comme cela est aussi le cas avec l’histoire, la sociologie, se particularise et s’intéresse davantage à l’ensemble du social, comme construit qui postule une dialectique perpétuelle entre société et individu (Ansard, 1990). L’individu ne peut être pense en dehors du social (Berger, 1986). La société des individus inscrit en fait chacun des citoyens au cœur de configurations qui viennent influencer ces derniers, qui de manière réciproque, façonneront à leur tour les configurations sociétales des générations à venir (Filion, 2006).  De cette façon, en inscrivant son lègue dans l’espace et dans le temps, la marche des peuples marque l’histoire de manière considérable, en permettant justement une meilleure considération du dépassement de ces « grands » acteurs par le petit peuple :
Car le développement de l’histoire méthodique, celle qui s’appuie sur la critique interne et externe des sources et qui a pu compter sur la conservation systématique de ces sources dans des centres spécialisés d’archives, était concomitante avec l’émergence de nouvelles sciences humaines qui avaient pour objet, elles aussi, les activités humaines. Leurs découvertes méritaient elles aussi d’être examinées historiquement. L’économique a mis l’accent sur les phénomènes économiques, justement omniprésents à cause de la révolution industrielle qui avait entraîné des changements profonds de la civilisation. La sociologie fixait l’œil de sa lorgnette sur les mouvements perceptibles au sein même des institutions sociales et posait de nouvelles questions redoutables pour les historiens : les phénomènes de l’urbanisation, de la mobilité sociale, de l’alphabétisation, de la régulation des populations marginales, de l’émigration, de l’intervention de l’État dans la protection de ses citoyens, du vaste mouvement de réforme sociale qui traversait l’Occident au 19e siècle. De nouveaux groupes sociaux cherchaient dans l’histoire la justification de leurs revendications : esclaves, femmes, nations dominées, peuples soumis aux exactions du colonialisme international, minorités raciales. L’histoire est devenue davantage économique et sociale. (Dumont, 2014, p. 26)
Comme cela est le cas avec les langues, le caractère particulier des vaincus n’est pas disparu avec l’histoire, avec la grande histoire, mais vient plutôt témoigner de manière distincte d’une période qui ne peut que nous être racontée. Pour cette raison, parce qu’il est empiriquement impossible d’accéder à l’histoire réelle, idéelle – pensons à la réduction phénoménologique – celle-ci a besoin de ses victimes et de ses laissés pour compte afin de se raconter de manière plus achevée. Alors qu’à partir du XVIIe siècle, les courants intellectuels nationaux firent leur apparition, la réflexion sociale globale prit son envol pour nous offrir un morcellement disciplinaire sans précédent, avec la naissance d’approches comme l’économie, la psychologie et, bien évidemment, la sociologie. C’est d’ailleurs en correspondance avec ce cloisonnement des disciplines ou cette tendance à catégoriser que Pierre Bourdieu fut critiqué par son disciple Bernard Lahire, qui appelait, entre autres, au dépassement des rapports de domination (Lahire, 2001). Ce sont ces mêmes rapports de domination qui se sont reproduits, historiquement, dans notre façon de comprendre l’histoire. Et ironiquement, c’est ce même appel au renversement des rapports de force qui appelle aujourd’hui l’histoire à reconnaître ses dominés, ses plus faibles et ses vaincus. Alors que Lahire lui-même nous proposait L’homme pluriel (1998), pouvons-nous simplement envisager aujourd’hui « l’histoire plurielle » ?
D’une certaine façon, c’est à cela que nous pousse Norbert Elias, dans ses œuvres La Civilisation des mœurs (1973), La dynamique de l’Occident (1975) et La Société des individus (1991). Considéré comme un acteur incontournable en sociologie historique, Elias dépeint dans ses œuvres, comment il nous est impossible de penser la société, sans les individus et l’histoire, sans les hommes (Elias, 1993). Il approfondit cette approche, entre autres, dans son œuvre La dynamique sociale de la conscience (2016), justement préfacé par Bernard Lahire. Il tente alors d’illustrer comment la compréhension de la science et, d’une manière plus générale, de la connaissance, qu’ont les humains, se veut toujours contextualisée et portée par les filtres collectifs. Dans cet ouvrage, il questionne fortement le rapport à l’autonomie des connaissances et aux conditions historiques dans lesquelles celles-ci peuvent être acquises ou produites. Encore là, on peut y voir une correspondance avec cet enjeu qui touche l’historiographie, alors que l’histoire – entendons ici la compréhension que nous en détenons, collectivement – influence notre rapport au monde, tandis que ce même rapport au monde, vient ensuite produire un filtre qui colore grandement la compréhension que nous pouvons avoir de l’histoire.
De manière plus évidente, il ne semble pas que ce bouleversement rencontré par l’historiographie ou cette tension perpétuelle entre défenseurs d’une histoire des grands acteurs et promoteurs des plus négligés, soit l’exclusivité de l’historiographie. Bien au contraire, ce que certains appellent la postmodernité (Javeau, 2007) semble avoir introduit un basculement beaucoup plus significatif qui apparaît non seulement toucher l’ensemble des sciences sociales, mais aussi la totalité des sciences ainsi que notre rapport intime au monde (Sénécal, 2016). Les bousculements ressentis dans l’univers de la phénoménologie et de l’herméneutique, correspondent, historiquement, avec l’explosion des courants pédagogiques davantage collectifs et contributifs, avec une sociologie en mouvance continuelle au sein du temps et de l’espace et même avec un décloisonnement sans précédent des arts, des médias et des nouvelles technologies. Les divers groupes sociaux qui composent la société appellent à une reconnaissance de leur voix. Ils réclament le droit de faire partie de l’histoire. Si certains y voient un danger (Beauchemin, 2004) au plan politique (danger que nous considérons bien réel), force est de constater que cette multiplicité de voix ouvre la porte à une écriture plurielle de l’histoire.
4. Réappropriation populaire des mémoires collectives
On l’aura compris avec ce qui précède, l’histoire fait toujours l’objet d’enjeux idéologiques forts. Ce faisant, on ne la retrouve pas uniquement dans les livres ou les manuels de classe. Présente dans tous les arts, elle joue un rôle identitaire comme ce fut le cas au Québec dans les années 1960-1970. À travers les chansons ou la poésie – pensons à la mythique Nuit de la poésie du 27 mars 1970 où se sont succédés sur la scène du théâtre Gesù à Montréal de grands poètes québécois, Gaston Miron, Michèle Lalonde, Raôul Duguay, Denis Vanier, Paul Chamberland, Pierre Morency et bien d'autres – l’histoire du Québec était alors non seulement mobilisée mais aussi revue en fonction d’un projet social et politique. En parallèle, les historiens professionnels revoyaient l’histoire de la Nouvelle-France et de la province du Québec pour la sortir des sentiers tracés par le clergé et son nationalisme conservateur de survivance. Ainsi, durant la révolution tranquille, par la musique, le cinéma, la poésie ou le roman, le Québec tentait de redéfinir son identité et cela ne pouvait se faire sans revisiter son histoire. Mouvements de femmes, mouvements de jeunes, mouvements, de gauche, le Québec voyait différents groupes de la société civile prendre la parole pour non seulement pour changer le présent mais aussi pour définir le futur. Et cela, passait nécessairement par un questionnement du passé, par sa réinterprétation, par l’interrogation de la tradition et donc par une réécriture des récits jusque-là admis. Les « sans grades », les minorités, les absents de l’histoire officielle, voulaient parler et se faire entendre, ils voulaient que l’histoire porte leurs voix. Désormais, il ne serait plus possible d’écrire l’histoire sans parler d’eux.

Du côté du cinéma, le constat est assez similaire, puisqu’au cours des dernières années, de nombreux grands moments de l’histoire furent réactualisés par des réalisateurs soucieux d’offrir une nouvelle prise de vue sur des événements déjà connus, mais généralement relatés selon le regard des grandes figures. L’un des premiers succès à effectuer ce genre de relecture, fut sans contredit le film Titanic (1997), de James Cameron. Sans reprendre un grand moment historique ayant marqué la dynamique géopolitique comme ce fut le cas pour les innombrables œuvres ayant traité de la Seconde Guerre mondiale, le film s’est réapproprié un moment marquant du début du XXe siècle, qui par son caractère dramatique et le nombre considérable de décès qu’il apporta avec lui, avait touché l’Amérique du Nord de manière significative. Et justement, en ce qui a trait à ces innombrables œuvres sur la Seconde Guerre mondiale, il importe de souligner qu’un changement de ton fut observé depuis les années 1990, quant à la façon de présenter l’un des conflits les plus documentés de toute l’histoire. Plutôt que de nous présenter des interprétations classiques de guerre, des films comme Pearl Harbor (2001), de Michael Bay, nous a donné à voir le conflit à travers le regard de jeunes soldats américains, absolument ignorants des enjeux reliés au contexte dans lequel ils se retrouvaient, en plus de nous présenter le regard des femmes, ces conjointes souvent infirmières, qui vivaient des moments particulièrement déchirants au regard des scènes qu’elles devaient affronter, tout en laissant partir leurs conjoints au front sans envisager explicitement le retour de ceux-ci.
Le pianiste, sorti en 2002, nous offrait lui aussi une prise de vue sensible sur ce conflit, tout comme ce fut le cas avec La Liste de Schindler (1999). Plus récemment, une œuvre grandement acclamée, Dunkerque (2017), s’est inscrite dans cette nouvelle façon de faire à laquelle nous faisions référence, en nous présentant le conflit selon le regard d’un pilote de chasse, de quelques soldats tassés sur la plage, puis d’un capitaine de navire qui s’affaire à récupérer des survivants en traversant la mer du Nord. Ces trois prises de vue qui, s’écoulant sur des trames temporelles toutes trois distinctes, culminent en un seul moment offert par le dénouement du film. En donnant une voix aux vrais héros, le réalisateur a permis à son auditoire de mieux saisir l’ampleur des tensions qui sévissaient dans cet épineux contexte ou près de 340 000 des 400 000 soldats acculés au bord de la plage, furent évacués avec succès. D’ailleurs, plusieurs médias, dont Le Figaro (2017), ont souligné le caractère remarquable de cette réalisation qui a su mettre les acteurs secondaires au centre de l’histoire et offrir une perspective d’un interminable conflit, que peu de gens avaient le courage d’offrir (Caillet, 2017).
Au-delà de cette Seconde Guerre mondiale, plusieurs autres événements furent repris avec ce genre de perspective donnant la voix aux divers groupes réclamant leur droit de parole. Le film Détroit, paru en 2017, offre un regard particulier, à travers la lentille de jeunes adolescents et d’un agent de sécurité noir, respecté par les policiers blancs et qui tente de préserver les gens de sa propre communauté, sur les événements ayant marqué l’été 1967 et la transition vers 1968, aux États-Unis. Il en va de même pour Bataille à Seattle (2007), qui nous démontre les manifestations monstres anti-organisation mondiales, tenues en 1999 dans les rues de Seattle. Même chose dans le cas du film Le Jeune Karl Marx (2017), qui nous montre sous une perspective beaucoup plus fragile et sensible, la vie d’un homme qui est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands économistes et philosophes de son temps. Le fait de le voir évoluer avec sa conjointe, de le voir être confronté à de nombreux voyages en Europe et forcé à une relative précarité, nous offre une prise de vue qui apporte une toute autre cohérence à l’œuvre de ce grand auteur. D’autres films comme Esclave pendant douze ans (2013), Les gangs de New York (2002), Les innocentes (2016) et L’État libre de Jones (2016), qui illustre comment, pendant la guerre de Sécession, un simple fermier a pu mener la fuite d’un groupe d’esclaves et de déserteurs contre les Confédérés, ont le même effet sur la culture populaire. La liste pourrait être encore longue, mais ces quelques exemples, tout comme les œuvres québécoises présentées auparavant, suffisent à illustrer de quelle manière cette réactualisation de l’histoire par des prises de vue plus sensibles, voire plus réalistes, permettent une certaine proximité avec la population générale, qui demeure difficilement accessible aux récits des « grandes figures ». Les gens, à travers ces histoires singulières qui nous permettent de voir les grands événements en arrière-plan, se sentent concernés et s’y retrouvent. Cette histoire leur parle davantage que celle relatée par les divers récits géopolitiques classiques, qui intéressent bien plus les publics académiques qui sont généralement déjà initiés.

Conclusion
En ce qui a trait à cette tension que certains entretiennent entre, d’une part, une « Grande » Histoire publique, régulée par l’État qui, à titre de lègue patrimonial s’appuie sur les réalisations et les discours des « grands » acteurs et, d’autre part, une histoire davantage « populaire » nourrie par les récits et la mémoire des sans grade, des perdants, des victimes, des laissés pour compte ou simplement des minorités, aux discours plus sensibles, une troisième voie semble émerger. Sans chercher à maintenir cette opposition, mais plutôt en produisant une oscillation entre ces deux perspectives, les discours philosophiques et sociologiques ont permis de montrer que l’histoire, à l’image de tout ce que l’homme produit, doit inclure non seulement le « grand » récit des figures d’importances, mais aussi les mémoires plurielles des acteurs jugés autrefois (et encore aujourd’hui) secondaires, comme le boulanger, l’esclave, le jeune réserviste, le migrant, la veuve ou le soldat ennemi, etc. Au regard de ces analyses il ne devrait donc pas être question de deux perspectives, mais plutôt d’une dialectique entre diverses prises de vue d’un même objet, entre des prises de vues singulières et leurs enracinements, les justifications et leurs configurations.
Seulement par cette synthèse, il sera possible d’accéder à une perspective plus riche, mais jamais exhaustive de l’Histoire. D’ailleurs, les récentes productions, autant en littérature qu’au cinéma, contribuent désormais largement à enrichir cette troisième voie. Montées magnifiquement sur une trame portée par trois ou quatre récits singuliers, qui nous offre des prises de vue sensibles, les grandes périodes de l’histoire ne sont désormais plus devant les hommes, mais s’appuient sur ceux-ci pour nous permettre de mieux saisir le rôle des hommes, dans la production et la compréhension de cette Histoire qui est la leur. Une telle relecture du rôle des nouveaux médiums, quant à leur possibilité de nous livrer une histoire réactualisée, laisse tout de même certaines questions en suspens. Au final, est-ce que l’histoire n’est pas toujours qu’un récit phénoménologique ou une compréhension herméneutique d’un événement ? Est-il encore possible, après de tels constats, de parler encore aujourd’hui de « vérité historique » ? Il semble plutôt admissible qu’il n’y ait pas de critère de validité permettant d’établir la primauté de l’histoire sur la mémoire, mais plutôt des critères épistémologiques qui permettent la synthèse des perspectives phénoménologiques distinctes et une herméneutique adaptée à des phénomènes plurivoques.
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