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dimanche 27 décembre 2015

Un autre monde

Ce que les puissances économico-politiques tiennent à nous faire croire : qu'un autre monde n'est pas possible.

mercredi 23 décembre 2015

Jean-Jacques Rousseau et l’éducation

 Introduction
Ce petit billet se veut une brève présentation de la pensée éducative du célèbre philosophe suisse Jean-Jacques Rousseau. Penseur original et aux multiples talents, Rousseau est une figure incontournable de la pensée en éducation depuis la parution de son maître livre en la matière Émile ou de l’éducation. Dans les paragraphes qui suivent, nous poserons d’abord le contexte dans lequel le philosophe helvétique évolue, soit le 18e siècle, celui des Lumières. Puis, suivra une courte présentation de l’auteur lui-même. À cette occasion, nous situerons l’œuvre éducative de Rousseau dans le cadre d’un triptyque où le philosophe a proposé sa philosophie politique. Enfin, nous détaillerons les grandes lignes de ses idées éducatives. Enfin, nous discuterons des influences de la pensée rousseauiste sur l’éducation aujourd’hui.

Le siècle des Lumières

L’expression «siècle des Lumières» signifie le triomphe de la Raison, de la rationalité (Cassirer, 2001). Elle renvoie à un courant de pensée – aux multiples facettes – regroupant les principaux penseurs de l’époque. Ces penseurs se veulent critiquent. Trois champs de l'activité humaine seront remis en question par la philosophie des Lumières : la science, les arts et la technique. C’est aussi à cette même époque qu’apparaît en quelque sorte l’idée du progrès. Plusieurs noms célèbres sont associés au siècle des lumières. En France, on pense à Diderot, à Montesquieu, à Voltaire. En Angleterre, on songe à Newton et à Locke. En Allemagne, les noms de Wolff et de Lessing nous viennent à l’esprit. Même le grand Kant sera influencé par ce mouvement. Critique nous avons dit. En effet, les Lumières s’opposent à la religiosité aveugle, à l’autorité illégitime et à l’ignorance. Ces tares pourront disparaître grâce à la. Raison. Celle-ci, universellement partagée par tous les êtres humains, est considérée comme une réalité positive. C’est sur elle que doit s’appuyer la définition des droits humains. Le progrès s'appuie aussi sur l'idée que la Raison ne sert pas seulement à connaître mais sert également – et peut-être surtout - à agir sur le monde. Le Progrès signifie alors une possibilité d'action sur la nature et une possibilité de contrôle sur le monde social. Les progrès des sciences de la nature sont le noyau dur de ce rationalisme. Ce progrès serait par nature un apport positif pour l'être humain et la société.
Le dix-huitième siècle se caractérise non seulement par la puissance du courant des Lumières mais aussi par le fait qu’il est traversé par des bouleversements politiques et deux révolutions majeures. La révolution américaine (1776-1783) prend la forme d'une guerre de libération coloniale contre l'Empire britannique. Afin de renflouer ses coffres vidés par la guerre de Sept Ans, l'Angleterre impose à ses treize colonies d'Amérique des impôts et des taxes notamment sur le thé. Les colons refusent de payer. Suit alors un long conflit juridique (1765-1773) qui entraînera une rupture entre la métropole et ses colonies. Après une première déclaration des droits par le Congrès de Philadelphie (1774), laquelle revendique l'indépendance des colonies américaines, la guerre éclate. Le Congrès américain vota le 4 juillet 1776 la «Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique» mais ce ne fut qu'à la signature du traité de Versailles en 1783 que cette indépendance fut reconnue par l'Angleterre. La révolution française (qui débute en 1789) est une révolution menée par la nouvelle classe montant, la bourgeoisie, contre les privilèges de la noblesse et l'arbitraire de la monarchie absolue. Elle a entraîné de grandes transformations dans la société française. Ce n'est plus le roi mais la nation tout entière qui devient le fondement de la souveraineté. Le régime monarchique n'existe plus, il fait place à la république où les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont séparés.

Jean-Jacques Rousseau et sa pensée politique 

Né le 28 juin 1712 en Suisse, dans la ville de Genève, Rousseau est mort à Ermenonville en France le 2 juin 1778. Les apports intellectuels de Rousseau à son siècle sont immenses et multiples. Il est l'un des fondateurs de la pensée politique moderne, un innovateur en matière de littérature (autobiographie), un compositeur et un théoricien de la musique de même qu’un critique de son siècle.
Selon Rousseau, la Raison, la Science et le Progrès sont certes de bonnes choses mais non en elles-mêmes. En réalité, pour lui, c'est la conscience droite, qui importe le plus. Devant un monde qu’il considère dégénéré et un courant de pensée – les Lumières – qu’il trouve trop rationaliste, Rousseau propose une philosophie politique originale que l’on retrouve dans deux de ses œuvres majeures : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (paru en 1755) et Du contrat social ou Principes du droit politique (paru en 1772).
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes propose en quelque sorte une histoire de l'humanité. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'un ouvrage basé sur des recherches scientifiques. En fait, Rousseau met de l’avant une interprétation de l'histoire qui n’a de prétention que sa vraisemblance. Cette interprétation est en mesure de fournir une explication du malheur qui afflige les êtres humains. Elle se divise en trois principales périodes. La première est celle de l’être humain de la nature que l'on peut définir comme «un animal présociable». Il vit seul, ne possède aucun langage et est animé par l’amour de soi. Cet être humain satisfait ses besoins à partir des ressources que lui fournit la nature. Être perfectible, il s'adapte aux changements de son environnement en se joignant à ses semblables pour créer les premières sociétés. Ce regroupement était nécessaire pour la survie de l'espèce. La deuxième période se caractérise par l'acquisition de l'ensemble des différentes qualités propres aux humains, notamment la pitié et le langage. L’humain vit alors en totale harmonie à la fois avec les membres de la société et avec la nature qui l'entoure. Pour Rousseau il s'agit là d'un véritable âge d'or de l'humanité, un monde qui ne connaît pas la corruption. On le devine, cet état de grâce n'a pas duré. L'inégalité physique entre les individus (phénomène naturel) entraîne en effet une détérioration des relations et la perversion des qualités humaines. C’est ici que commence la troisième période définie par Rousseau, celle de la société du paraître. Dans cette société, on ne peut plus parler de l’être humain à l’état de nature. Nous sommes ici en face d’un nouvel être humain, un être social. Son apparition s'expliquerait par l'incapacité des êtres humains à exercer un contrôle adéquat des effets négatifs de la nature elle-même. C'est ici que, pour le penseur suisse, commence l'aliénation et son cortège d'effets négatifs : le mensonge, la jalousie, l'amour-propre, etc. En politique cette décadence se traduit par un régime tyrannique.
Une fois ce décor planté, Rousseau fait paraître son ouvrage Du contrat social, ou Principes du droit politique. Dans celui, ci, il postule que le fondement de la société repose sur l'autorité paternelle, la volonté divine ou encore la force brute, Rousseau se donne alors comme objectif d'établir la légitimité d'un pouvoir politique dont le fondement prendrait racine dans un pacte d'association où chaque individu s'engagerait volontairement envers l'ensemble de ses semblables, renonçant ainsi à sa liberté individuelle naturelle. En retour, la société lui assurerait le statut de citoyen. Ce statut se caractériserait par l'égalité juridique et morale et la liberté civile. De cette façon, serait possible le passage de l'indépendance originelle à la liberté politique. Par la même occasion il serait possible de développer une véritable morale répondant aux besoins et aux désirs de la volonté générale. Cette volonté générale ne correspondrait d'ailleurs pas à la somme des volontés individuelles et des intérêts particuliers mais plutôt à l'expression de la souveraineté du peuple (dont le législateur est l'interprète). Parce que cette souveraineté demeure à la fois inaliénable et indivisible, les pouvoirs ne devraient être que l'émanation du corps social.

La pensée éducative de Rousseau

Dans Émile ou de l'éducation (paru en 1762)  Rousseau affirme la spécificité de l'enfance et de sa mentalité. L'ouvrage est étroitement associé au Contrat social (on remarquera que les deux sont parus la même année) en ce qu'il propose un programme éducatif adapté à une véritable société politique. L'éducation comme politique revoie à l’opposition entre nature et culture. La nature est bonne et parfaite, la société est corrompue. Donc, si on veut éduquer de la meilleure manière, il faut suivre la nature et non pas les caprices de tout un chacun. Le sens de sa pensée est à l’effet que le développement doit nécessairement faire un retour involutif sur quelque chose d'archaïque, c'est-à-dire, revenir à un principe fondamental et premier. Ce principe premier auquel Rousseau nous invite à revenir c'est la nature. La tâche de l'éducation sera justement de réaliser ce retour par le biais de deux principes : 1) l'être humain n'est pas un moyen mais une fin et 2) il faut préserver la nature dans l’être humain.

Chez les pédagogues qui précédèrent Rousseau, tous les principes d'éducation avaient comme caractéristique de vouloir former un être humain en vue de quelque chose. Ainsi, on éduquait dans le but de rendre l’être humain savant ou croyant, pour en faire un citoyen, un érudit, un lettré, un prêtre, etc. L'éducation «travaillait» l'enfant en vue de le rendre conforme à un modèle idéal répondant à des normes sociales. Dans l'optique de Rousseau la situation doit changer du tout au tout. Selon lui, il ne faut pas traiter l'enfant comme un moyen mais plutôt comme une fin absolue. Pour lui l'éducation ne doit pas chercher à former un type d'homme ou de femme en particulier mais bien l'homme et la femme dans leur essence même. Puisqu’il faut redécouvrir l'être humain naturel, l'éducation ne doit pas superposer à l'enfant une culture comme seconde nature artificielle, mais laisser l'enfant se développer librement sans entraver son développement.
De ces principes éducatifs rousseauistes découlent trois «lois» : La première loi est de nature psychologique : La nature a fixé les règles nécessaires du développement de l'enfant. Le corollaire éducatif de la première loi est que l'enseignant doit respecter la marche de l'évolution mentale de l'enfant. La deuxième loi psychologique veut que l’exercice de la fonction la développe et prépare l'éclosion de fonctions ultérieures. Cette loi renvoie également à un corollaire pédagogique : L'enseignant doit laisser la fonction agir selon son mode. Il peut la contrôler, la guider, mais ne doit pas l’écraser par des raisonnements livresques et théoriques autant que prématurés. Dans la troisième loi psychologique on apprend que l'action naturelle est celle qui tend à satisfaire l'intérêt ou le besoin du moment. En fonction de cette loi, l'éducateur doit motiver l'élève à l'apprentissage.
Les conséquences éducatives des principes et des «lois» rousseauistes sont multiples. Une première conséquence est que l'enfant devient un modèle à connaître. L'enfance est ici état fondamental de la vie, un état distinct de l'existence adulte que l’éducateur doit respecter. Une deuxième conséquence éducative est à l’effet que l’enfant doit être actif et responsable de son éducation. En fait, l'enfant, tout autant que l'adulte, possède une liberté qui demande à être respectée. Cela signifie que son rôle dans l'éducation ne doit pas se résumer à celui d'un être passif qui reçoit la connaissance de l'extérieur. Tout au contraire, l'éducateur doit en faire un être actif dont l'action contribue fondamentalement à sa propre formation. La troisième conséquence éducative est que le but de l'éducation doit être de former un être humain libre. Il ne s’agit donc pas de former un type d’être humain en particulier mais bien l’être humain lui-même. Ce n’est qu’à cette condition que l’éducation «produira» des êtres libres et équilibrés. En quelque sorte, ce que nous dit le philosophe c'est que, si on ne peut apprendre à être libre -  car la liberté est inscrite dans la nature même de l'être humain – l’éducation doit se faire accompagnatrice de cette liberté fondamentale et non pas son geôlier.
Rousseau propose une manière originale d'éduquer : l'éducation négative. Il s’agit d’une éducation par la nature, une éducation qui refuse les opinions et la morale; une éducation qui n’est pas basée sur les connaissances déclaratives car l'apprentissage doit venir de l'expérience des choses et non de la connaissance par les mots. L'éducation négative laisse donc la nature agir. L'enfant apprend par sa propre expérience face aux choses. C’est pourquoi il ne doit pas être confronté au discours théorique ni aux discours moraux. Dans la perspective de Rousseau, le rôle de l'éducateur consiste principalement à protéger son élève contre les méfaits de la société, contre les influences néfastes de la culture et son cortège de corruptions et de préjugés. On l’aura compris, si l’éducateur laisse la nature agir, il n'est pas pour autant réduit à un rôle totalement passif. En réalité, tout en suivant scrupuleusement la nature, c'est tout de même lui qui choisit à la fois le contenu (expériences et observations) et le moment propice pour le mettre à la disposition de l’enfant. En fin de compte, la pédagogie de Rousseau peut être qualifiée de négative dans la mesure où elle propose d'intervenir le moins possible auprès de l'enfant afin de le laisser réaliser ses propres expériences.
Rousseau a donc élaboré une pédagogie active, à savoir une pédagogie où l'enfant participe entièrement au processus d'apprentissage. Cette pédagogie est également concrète parce qu’elle recourt à l'observation. Elle est aussi essentiellement utilitaire. En ce sens, elle prépare à la vie parmi les membres de la société. La pédagogie rousseauiste est en outre axée sur l'expérimentation et non sur l'étude livresque ou les exposés magistraux. À travers les différentes étapes de son développement, l'enfant apprend directement au contact des choses et non des mots ou des idées. C'est de cette manière que sa raison naturelle pourra se développer sainement, évitant ainsi la contamination par les préjugés. La pensée éducative de Rousseau - sinon uniquement à tout le moins principalement fonctionnelle - repose sur un certain nombre de notions fondamentales dont nous avons fait l'examen plus haut. Résumons-nous rapidement :
1) L’éducation doit être fondée sur l'observation de l'enfant et reliée à une théorie générale de la nature humaine.
2) Il existe une nature propre à l'âme enfantine.
3) Il faut distinguer les étapes successives du développement naturel.
4) L'éducation par les choses doit primer sur celle par les mots et, par conséquent, les méthodes sensitives, intuitives et actives doivent être privilégiées.
5) L'apprentissage n'est valable que dans la mesure où il mobilise la motivation de l'enfant.
6) Il ne peut y avoir de révolution des institutions et des moeurs sans une révolution de l'éducation.
Rousseau aujourd’hui
À leur époque les idées de Rousseau ne se sont pas traduites en action concrètes dans les écoles. Seul Pestalozzi (1746-1827) en a tenté une application auprès d’enfants mais ses tentatives échoueront et il se détournera des idées de son maître à penser (Minois, 2006). Il faudra attendre le courant hétérogène de la «pédagogie nouvelle» au tournant du 20e siècle pour que les idées du philosophe suisse reprennent vie et inspirent les penseurs et les praticiens de l’éducation (Resweber, 1999).
Que reste-t-il aujourd’hui de cette pensée ? Rien de bien concret, il faut l’avouer. Rousseau lui-même se défendait d’ailleurs d’avoir proposé une méthode au sens stricte. Son œuvre éducative demeure celle d’un philosophe. Pourtant, certains éléments de sa pensée semblent avoir traversé les âges. Ainsi, son insistance sur la prise en compte de la spécificité de l’enfance comme âge de la vie est de nos jours une idée admise. Sa mise en évidence que l’apprentissage advient d’autant mieux que l’élève est motivé par la tâche est aussi une idée partagée par tous. On pense aussi au fait que pour Rousseau les sens doivent être sollicités par les situations d’apprentissage qui ne sauraient donc reposer uniquement sur la lecture. Ainsi, l’idée rousseauiste que l’élève doit expérimenter, manipuler, sentir, toucher est devenue un lieu commun en éducation. Bref, le paysage du 21e siècle paraît bien avoir retenu quelques grandes intuitions de Rousseau.
Toutefois, au-delà de ces grandes idées, force est de constater que l’éducation d’aujourd’hui est bien peu rousseauiste. Qui croit encore que l’enfant est naturellement bon ? Que pour l’éduquer adéquatement il faut l’isoler de la société ? Que l’éducation est une affaire qui doit prendre son temps, l’éducateur attendant que l’élève soit prêt ? Nos systèmes d’éducation, soumis entre autres à la pression d’une pensée utilitariste issue du néolibéralisme, sont plutôt obnubilés par le rendement et la vitesse (il faut terminer son parcours scolaire dans les temps). Ils contrôlent par ailleurs étroitement des contenus à apprendre. Ils ont aussi des visées autres que celles proposées par Rousseau (la beauté, la liberté), visées essentiellement tournées vers la formation d’une main-d’œuvre qualifiée.
Conclusion 
Notre petit parcours nous a permis de constater – trop vite nous le savons – la richesse de la pensée éducative de Jean-Jacques Rousseau. Il nous a aussi permis de mettre en lumière un aspect essentiel des idées rousseauistes à savoir que l’éducation joue un rôle fondamental non seulement dans la formation d’un être humain mais aussi dans la constitution d’une société. Chez le penseur suisse il ne serait en effet y avoir de réforme de la société sans réforme de l’éducation. Cette leçon, nous l’avons apprise certes mais en oubliant cependant que Rousseau nous mettait en garde contre les idées reçues, les préjugés, les stéréotypes, enfin, contre toutes dérives propres à une époque donnée. Par son concept d’être humain naturel, par son postulat de la bonté naturelle inscrite dans le cœur de chaque personne, Rousseau voulait en quelque sorte nous avertir du danger qu’il y a d’accorder l’éducation au diapason de toutes les modes du moment et surtout, de la définir à partir des diktats des puissants. Cela, semble-t-il, nous ne l’avons pas retenu.
Références

Cassirer, E. (2011). Rousseau, Kant, Goethe. Paris : Belin. Paru originellement en anglais en 1945.

Cassirer, E. (2001). La philosophie des Lumières. Paris : Fayard. Paru originellement en allemand en 1932.

Jolibert, B. (1987). Raison et éducation. Paris : Klincksieck.

Minois, G. (2006). Les grands pédagogues de Socrate aux cyberprofs. Paris : Éditions Louis Audibert.

Resweber, J.-P. (1999). Les pédagogies nouvelles. Paris : PUF. 5e édition.

Rousseau, J.-J. (1966). Émile ou de l'éducation. Paris: Flammarion. Première publication en 1762.


Turmel, A. (2013).  La nouvelle sociologie de l’enfance au prisme de Rousseau et de Locke. Dans A.M. Drouin-Hans, M. Fabre, D. Kambouchner et A. Vergnioux (Dir.) L’Émile de Rousseau : regards d’aujourd’hui. (p.99-110).Paris : Hermann.

lundi 21 décembre 2015

Une oeuvre incontournable pour comprendre notre monde

Michel Freitag (1935-2009)

Freitag, M. (2011). L’abîme de la liberté. Critique du libéralisme. Montréal : Liber.

Freitag, M. (2008). L’impasse de la globalisation. Une histoire sociologique et philosophique du capitalisme. Propos recueillis par Patrick Ernst. Montréal : Écosociété.

Freitag, M. (2002). L’oubli de la société. Pour une théorie critique de la postmodernité. Québec : Les Presses de l’Université Laval.

Freitag, M. (1995). Le naufrage de l'Université. Et autres essais d'épistémologie politique. Québec/Paris : Nuit Blanche/La Découverte. 

Une puissance abâtardie

L'Occident a réduit la puissance de la conscience à la seule puissance d'agir et cette dernière a été cooptée par de puissants systèmes aux visées uniquement opérationnelles.

samedi 19 décembre 2015

Deux types de penseurs

Les penseurs sérieux sont généralement difficiles d'accès, discrets et prudents. Les frivoles, eux, sont sur toutes les tribunes et se prononcent sur tout.

Critiques faciles

Si les essayistes critiques des sciences de l'éducation étaient moins bêtes, moins ignorants et de bonne foi, je serais, qui sait, parfois d'accord avec eux.

vendredi 18 décembre 2015

Dangereuse bêtise

On veut nous faire croire - et on y réussit fort car les moyens pour le faire sont immenses - que la grandeur de l'être humain se trouve dans son adéquation au marché. 

Perverse invitation

Projeter son identité dans la seule utilité, comme notre monde nous y invite, c'est se couper de toute forme d'émancipation. 

Fin de l'histoire

Y a-t-il encore des aveugles ou des naïfs (c'est selon) - tels Francis Fukuyama ou Richard Rorty -  pour croire que le libéralisme et le capitalisme à la sauce américaine sont l'apothéose de l'humanité et annoncent la «fin de l'histoire» puisque plus rien ne peut les dépasser ?

mardi 15 décembre 2015

Les fins oubliées

Un monde qui n'interroge plus les fins pour ne considérer que les moyens, se prépare des lendemains bien tristes.

Symbolique

La rationalité instrumentale tue le symbolique !

Théorie du choix rationnel

Vous êtes à la recherche d'une vision simpliste, réductrice et mensongère de l'être humain ? Lisez les travaux faits à partir de la théorie du choix rationnel.

Société sans consistance

Une société qui pense pouvoir se réduire à une Charte est une société sans consistance.

Se connaître

On ne peut comprendre l'autre quand on ne se connaît pas soi-même.

Sur la vérité

Monnin, Nathalie (2015). Une histoire de la vérité. Rennes : Éditions Apogée.

Un petit ouvrage (à peine 70 pages) bien intéressant qui discute succinctement mais clairement des différentes manières de définir la vérité. Entre l'absolutisme et le relativisme, Nathalie Monnin propose d'adopter le perspectivisme issu du pragmatisme. L'auteure s'inspire principalement de Bergson et de William James. 

dimanche 13 décembre 2015

Témoignage historique

Berr, Hélène (2008). Journal 1942-1944. Suivi de «Hélène Berr, une vie confisquée» de Mariette Job. Paris : Tallandier.

Le journal d'une jeune juive parisienne sous l'occupation allemande. Une vie qui, comme des millions d'autres, s'est arrêtée brusquement dans les camps de la mort.

mercredi 9 décembre 2015

mardi 8 décembre 2015

Vision sombre de l'être humain

Pour certains, le monde idéal est celui où chaque individu est un entrepreneur en compétition avec les autres. Derrière cet idéal se cache la vision sombre d'un être humain égoïste et matérialiste.

Contre les citoyens

Moins il y a de citoyens engagés plus le pouvoir économique est enchanté.

lundi 7 décembre 2015

dimanche 6 décembre 2015

Monde antisocial

Si nombre de régimes ont été plus impitoyables et plus cruels - pensons au nazisme ou au stalinisme - aucun n'a été plus antisocial que le monde qu'instaure le capitalisme financier aidé de ses acolytes la techno-science et le postmodernisme. 

samedi 5 décembre 2015

Vol annoncé

Nous donnons le pouvoir à des voleurs et nous nous étonnons de nous faire voler !

Qu'est devenu le sens du bien public?

À l'instar du gouvernement conservateur qui a sévi de 2006 à 2015 à Ottawa, le gouvernement du parti Libéral au Québec a perdu tout sens du bien public.

Décadence des élites

On reconnaît la décadence des élites lorsqu'elles ne se cachent même plus pour piller.

Une austérité à géométrie variable

Dans nos sociétés livrées pieds et poings liés au capitalisme prédateur, l'austérité est toujours à géométrie variable. Plus vos revenus sont faibles, plus on en réserve les effets pour vous.

jeudi 3 décembre 2015

Le meilleur des mondes

Quand l'hypermodernité - propulsée par le capitalisme et la techno-science - aura détruit toute possibilité de critique des sociétés telles que les puissances les façonnent, il ne restera qu'un monde inhumain peuplé d'abrutis collaborateurs et productifs.

Où sont les scientifiques?

À force de répondre aux demandes des «décideurs», les scientifiques ne sont plus que des techniciens.

Où est la société ?

Nous vivons dans un monde où l'idée même de société se signifie plus que l'ensemble des procédures d'ajustement ad hoc aux problèmes qui surviennent.

mardi 1 décembre 2015

Vision simpliste de la démocratie

De moins en moins de gens associent le terme démocratie à la participation populaire à l'exercice du pouvoir. Pour eux, démocratie signifie simplement protection des droits individuels. 

De la société au social

Notre monde hypermoderne a oublié la société en tant que référent synthétique et identitaire pour ne considérer que le social vu comme un environnement objectif et positif. Ce glissement est symptomatique de l'emprise d'une logique axée sur l'opérativité organisationnelle.

jeudi 26 novembre 2015

Un merveilleux essai d'Yvon Rivard

Rivard, Yvon (2012). Aimer, enseigner. Montréal : Boréal.

Un très bel ouvrage, une magnifique réflexion sur le rapport entre le professeur et l'étudiant, sur la transmission du savoir, sur les exigences morales de la transmission culturelle, sur ce qui nourrit l'âme et ouvre l'esprit. Réflexion menée à partir de l'analyse des relations entre les personnages (des professeurs et des étudiants) de quelques grands romans.

mardi 24 novembre 2015

Un leurre

Prétendre conduire sa pensée de manière rigoureuse sans se mettre à l'école des grands est un leurre pur et simple.

Un manque

Notre monde manque cruellement d'humilité.

Ignorance

Celui qui prétend tout savoir ignore l'essentiel.

Confusion

Nos sociétés confondent intellectuels et vedettes.

Exigences

Comme il est difficile de s'exiger à soi-même ce qu'on exige des autres.

vendredi 20 novembre 2015

Exigeante démocratie

On ne mesure pas assez à quel point la démocratie est un régime politique exigeant pour le citoyen, lequel a le devoir de se former et de s'informer pour que la raison guide ses choix et ses opinions. L'absence de prise en compte de cette exigence nuit à la démocratie. Les démocraties demandent des citoyens éduqués, matures et réfléchis. Au lieu de cela, nous avons la plupart du temps des gens guidés par leurs intérêts, leurs passions, leurs peurs et leur ignorances.

Le sens de l'art

Face à un monde en proie à la folie, l'art demeure un refuge où il est possible de ressentir non seulement la beauté et la paix mais aussi de trouver un sens à l'existence.

jeudi 19 novembre 2015

Phagocyter

Le capitalisme se développe en phagocytant toutes les formes sociales, c'est un prédateur.

mercredi 18 novembre 2015

Libéralisme économique

Poussé à sa limite extrême le libéralisme économique conduit à la destruction de la société.

lundi 16 novembre 2015

samedi 14 novembre 2015

L'horreur

L'horreur est l'horreur quelque soit l'endroit où elle survient, à New York, à Paris, au Liban, en Égypte, en Syrie ou dans la Bande de Gaza.

mercredi 11 novembre 2015

Rousseau et l'éducation

 Le dix-huitième siècle : le siècle des Lumières

Les Lumières ? Cette expression signifie le triomphe de la Raison, de la rationalité (Cassirer, 2001). Trois champs de l'activité humaine seront particulièrement frappés par la philosophie des Lumières : la science, les arts et la technique. C’est aussi à cette même époque qu’apparaît l’idée du progrès. Plusieurs noms célèbres sont associés au siècle des lumières. En France, Montesquieu et Voltaire. En Angleterre, Newton et Locke. En Allemagne, Wolff et Lessing. Même Kant sera influencé par ce mouvement. Les Lumières s’opposent à la foi aveugle, à l’autorité illégitime et à l’ignorance. La Raison est également considérée comme une réalité positive. Elle sert à définir et à affirmer tant les droits individuels que collectifs. Le progrès s'appuie sur l'idée que la Raison ne sert pas seulement à connaître mais sert également à agir sur le monde. Le Progrès signifie donc non seulement une possibilité d'action sur la nature mais aussi une possibilité de contrôle sur le monde de l'être humain. Les progrès des sciences de la nature sont le noyau dur du rationalisme. Ce progrès serait par nature un apport positif pour l'être humain et la société.
Le dix-huitième siècle est également le siècle des philosophes (Cassirer, 2011). À l'époque de Rousseau, la philosophie a occupé une place tellement importante que son courant dit «des Lumières» en est venu à donner son nom à l'ensemble du siècle. En fait, les philosophes français, bien qu'ils aient joué un rôle capital dans la propagation de la philosophie des Lumières, ne doivent en aucune manière en recevoir tout le crédit. Loin de construire à partir du vide, leurs oeuvres se sont fortement inspirées de plusieurs grands savants et philosophes anglais. Des écrits de ces derniers, les français ont conservé les idéaux rationalistes, sensualistes et critiques. Leurs principaux inspirateurs étaient : John Locke (1632-1704), Isaac Newton (1642-1727) et David Hume (1711-1776). Les philosophes disposaient d'une arme redoutable : L'Encyclopédie ou le dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers publié sous la direction de Diderot et dont d'Alembert rédigea le «discours préliminaire». Cette encyclopédie avait pour but de rassembler en une seule oeuvre l'ensemble des connaissances et des idées acquises jusqu'à ce jour. 
Au cours du dix-huitième siècle, on aspire à une consolidation de l'économie de marché au moyen de l’extension d’un mode de production basé sur l’économie de marché. Apparaissent ainsi les premières manufactures. Graduellement, on assiste à une accession au pouvoir de la bourgeoisie.

Le dix-huitième siècle : un siècle de bouleversements politiques et de révolutions

- La révolution américaine (1776-1783) : La révolution américaine prend la forme d'une guerre de libération coloniale contre l'Empire britannique. Afin de renflouer ses coffres vidés par la guerre de Sept Ans, l'Angleterre impose à ses treize colonies d'Amérique des impôts et des taxes notamment sur le thé. Les colons refusent de payer. Suit alors un long conflit juridique (1765-1773) qui entraînera une rupture entre la métropole et ses colonies. Après une première déclaration des droits par le Congrès de Philadelphie (1774), laquelle revendique l'indépendance des colonies américaines, la guerre éclate. Le Congrès américain vota le 4 juillet 1776 la «Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique» mais ce ne fut qu'à la signature du traité de Versailles en 1783 que cette indépendance fut reconnue par l'Angleterre. Aujourd’hui, les États-Unis possèdent la plus vieille constitution au monde !
- La révolution française (1789) : La révolution française est réellement une révolution du peuple (avec à sa tête la classe bourgeoise) contre les privilèges de la noblesse et l'arbitraire de la monarchie absolue. Elle a amené de vastes transformations dans la société française. Ce n'est plus le roi mais la nation tout entière qui détient la souveraineté. Le régime monarchique n'existe plus, il fait place à la république et les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont maintenant séparés. Cependant, la France va connaître jusqu’au milieu du 20e siècle des bouleversements politiques qui remettront souvent en question les acquis de la Révolution de 1789.
Ces deux révolutions, survenues à quelques années d'intervalle, sont en bonne partie à l'origine des institutions primordiales de nos sociétés actuelles. Par exemple, elles mettent toutes deux l'accent d'une part, sur le rôle indispensable de l'État dans l'affirmation et la protection des droits privés et publics et, d'autre part, sur l'importance du caractère laïc des institutions publiques.

Qui était Jean-Jacques Rousseau ? 

Rousseau voit le jour le 28 juin 1712 en Suisse, dans la ville de Genève. Il décède à Ermenonville en France le 2 juin 1778. Les apports intellectuels de Rousseau à son siècle sont multiples. Il est d’abord l'un des fondateurs de la pensée politique moderne. En outre, il est un innovateur en matière de littérature (autobiographie), un compositeur et un théoricien de la musique de même qu’un critique de son siècle. Selon lui, la Raison, la Science et le Progrès sont de bonnes choses mais non en elles-mêmes. En réalité, c'est la pureté du coeur, la conscience droite, qui importe vraiment.
Quelques clefs sont utiles pour la compréhension de l’œuvre de Rousseau. Il cherche la liberté et le bonheur pour tous les individus. Il voit la société du dix-huitième siècle comme étant foncièrement mauvaise. De son vivant, Rousseau a été la cible de violentes attaques en raison de son antirationalisme et de son apparente hostilité envers le progrès. Son œuvre sur l’éducation doit être comprise comme un complément à deux œuvres précédentes : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (paru en 1755) et Du contrat social ou Principes du droit politique (paru en 1772).

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

Ce livre propose une histoire de l'humanité. Il ne s'agit toutefois pas d'une recherche scientifique. En fait, Rousseau propose une interprétation de l'histoire qui n'est que vraisemblable. Cette interprétation est néanmoins en mesure de fournir une explication du malheur qui afflige les êtres humains. Elle se divise en trois principales périodes. La première est celle de l'homme de la nature que l'on peut définir comme «un animal présociable». Il vit seul, ne possède aucun langage et est animé par le seul amour de soi. Cet homme satisfait ses besoins immédiatement à partir des ressources que lui fournit la nature. Doté de la capacité de changer en fonction des circonstances (la perfectibilité), il s'est adapté aux modifications de son environnement en se joignant à ses semblables pour créer les premières sociétés. Ce regroupement était nécessaire pour la survie de l'espèce.
La deuxième période se caractérise par l'acquisition de l'ensemble des différentes qualités propres aux humains : la pitié (premier sentiment acquis par l'homme de la nature), le langage, la pensée. Il vit en totale harmonie à la fois avec les membres de la société et avec la nature qui l'entoure. Il s'agit là, pour Rousseau, d'un véritable âge d'or de l'humanité, empreint de transparence. Cependant cet état de grâce n'a pas duré. En effet, l'inégalité physique entre les individus (phénomène naturel) entraîne une détérioration des relations et la perversion des qualités humaines.
Commence alors la troisième période, celle de la société du paraître. Dans cette société on ne peut plus parler de l'homme de la nature; on est devant un nouveau type d'homme, l'homme social. Son apparition s'explique par l'incapacité des êtres humains à exercer un contrôle adéquat des effets négatifs de la nature elle-même. C'est ici que commence l'aliénation et son cortège d'effets négatifs : le mensonge, la jalousie, l'amour-propre, etc. En politique cette décadence se traduit par un régime tyrannique.

Du contrat social, ou Principes du droit politique

Constatant que le fondement de la société repose la plupart du temps sur l'autorité paternelle, la volonté divine ou encore la force brute, Rousseau se donne ici comme objectif d'établir la légitimité d'un pouvoir politique dont le fondement prendrait racine dans un pacte d'association où chaque individu s'engagerait volontairement envers l'ensemble de ses semblables, renonçant en cela à sa liberté individuelle naturelle. En retour, la société lui assurerait le statut de citoyen. Ce statut se caractériserait par l'égalité juridique et morale et la liberté civile. De cette façon, serait possible le passage de l'indépendance originelle à la liberté politique. Par la même occasion il serait possible de développer une véritable morale répondant aux besoins et aux désirs de la volonté générale. Cette volonté générale ne correspondrait d'ailleurs pas à la somme des volontés individuelles et des intérêts particuliers mais plutôt à l'expression de la souveraineté du peuple (dont le législateur est l'interprète). Parce que cette souveraineté demeure à la fois inaliénable et indivisible, les pouvoirs ne devraient être que l'émanation du corps social.

La pensée éducative de Rousseau

Dans Émile ou de l'éducation (1762)  Rousseau affirme la spécificité de l'enfance et de sa mentalité. L'ouvrage est étroitement associé au Contrat social (on remarquera que les deux sont parus la même année) en ce qu'il propose un programme éducatif adapté à une véritable société politique. L'éducation comme politique revoie à l’opposition entre nature et culture. La nature est bonne et parfaite, la société est corrompue. Donc, si on veut éduquer de la meilleure manière, il faut suivre la nature et non pas les caprices des hommes. Le sens de sa pensée est à l’effet que le développement doit nécessairement faire un retour involutif sur quelque chose d'archaïque, c'est-à-dire, revenir à un principe fondamental et premier. Ce principe premier auquel Rousseau nous invite à revenir c'est la nature. La tâche de l'éducation sera justement de réaliser ce retour par le biais de deux principes : 1) l'homme n'est pas un moyen mais une fin et 2) il faut redécouvrir l'homme naturel.
L'homme n'est pas un moyen mais une fin. Chez les pédagogues qui précédèrent Rousseau, tous les principes d'éducation avaient comme caractéristique de vouloir former l'homme en vue de quelque chose. Par exemple, on éduquait dans le but de rendre l'homme savant ou croyant, pour en faire un citoyen, un érudit, un lettré, un prêtre, etc. L'éducation utilisait le petit homme (l'enfant) comme un moyen pour atteindre un but, réaliser un modèle. Dans l'optique de Rousseau la situation doit changer radicalement. Il ne traite pas l'enfant comme un moyen mais plutôt comme une fin absolue. Pour lui l'éducation ne doit pas chercher à former un type d'homme ou de femme en particulier mais bien l'homme et la femme dans leur essence même.
Puisqu’il faut redécouvrir l'homme naturel, l'éducation ne doit pas superposer à l'enfant une culture comme seconde nature artificielle, mais laisser l'enfant se développer librement sans entraver son développement.
De ces principes éducatifs rousseauistes découlent trois «lois» : La première loi est de nature psychologique : La nature a fixé les règles nécessaires du développement de l'enfant. Le corollaire pédagogique de la première loi est que l'enseignant doit respecter la marche de l'évolution mentale de l'enfant.
La deuxième loi psychologique se lit comme suit: L'exercice de la fonction la développe et prépare l'éclosion de fonctions ultérieures. Cette loi renvoie également à un  corollaire pédagogique : L'enseignant doit laisser la fonction agir selon son mode. Il peut la contrôler, la guider, mais ne doit pas l’écraser par des raisonnements livresques et théoriques autant que prématurés.
La troisième loi psychologique : L'action naturelle est celle qui tend à satisfaire l'intérêt ou le besoin du moment. En fonction de cette loi, l'enseignant doit motiver l'élève à l'apprentissage.
Les conséquences éducatives des principes et des lois de la pédagogie rousseauiste sont multiples. Une première conséquence :
L'enfant-modèle : sa connaissance et ses stades de développement :
L'enfance comme état fondamental de la vie, état distinct de l'existence adulte:
a) l'âge des besoins (ou infantile);
b) l'âge du développement des désirs et des sens (âge de la puérilité allant jusqu'à 12 ans);
c) l'âge du sens commun ou âge de raison (intermédiaire i.e. de 12 à 15 ans);
d) l'âge des sentiments (qui englobe essentiellement la période de l'adolescence: 15 à 20 ans);
e) la maturité après 20 ans (l'âge du mariage, de la vie de travail, de la parentalité et de l'exercice des droits de citoyens).
Pour Rousseau, l'éducation doit respecter les stades précédemment évoqués. En ce sens, Rousseau peut être vu comme l'un des précurseurs de la psychologie des stades et du développement qui, au vingtième siècle, sera considérablement approfondie, notamment par Piaget.
Une deuxième conséquence éducative des principes et des lois de Rousseau : L'enfant est actif et responsable de son éducation. Pour ce penseur, l'enfant, tout autant que l'adulte, possède une liberté qui demande à être respectée. Cela signifie que son rôle dans l'éducation ne doit pas se résumer à celui d'un être passif qui reçoit la connaissance de l'extérieur. Tout au contraire, l'éducateur doit en faire un être actif dont l'action contribue fondamentalement à sa propre formation.
Une troisième conséquence éducative : Le but de l'éducation est de former un être humain libre. Ce qu'il faut former ce n'est pas un type d'homme en particulier mais bien l'homme lui-même, «l'entier unitaire»; c'est-à-dire l'individu libre et responsable. Pour Rousseau le but ultime de l'éducation est de former un homme libre. Or, l'homme peut devenir libre à condition d'être traité comme un être libre dès sa naissance. La liberté ne s'apprend pas; elle se déploie dans l'activité humaine. C'est pourquoi il faut la laisser être. En quelque sorte, ce que nous dit Rousseau c'est qu'on ne peut pas apprendre à être libre car la liberté est inscrite dans la nature même de l'être humain.
Rousseau propose une manière d'éduquer : l'éducation négative. Il s’agit d’une éducation par la nature, une éducation qui refuse les opinions et la morale; une éducation qui n’est pas basée sur les connaissances déclaratives car l'apprentissage doit venir de l'expérience des choses et non de la connaissance par les mots. L'éducation négative à la façon de Rousseau laisse la nature agir. L'enfant apprend par sa propre expérience face aux choses. Donc, pas de discours théorique ni moral. Pour Rousseau la meilleure morale c'est celle qui vient directement de la nature. Dans la perspective de Rousseau, le rôle de l'éducateur consiste principalement à protéger son élève contre les méfaits de la société, contre les influences néfastes de la culture et son cortège de corruptions et de préjugés. Si le pédagogue laisse la nature agir, il n'est pas pour autant réduit à un rôle totalement passif. En réalité, tout en suivant scrupuleusement la nature, c'est tout de même lui qui choisit à la fois le contenu (expériences et observations) et le moment propice pour l'administrer. C'est pourquoi l'enfance doit être une période où le jeune peut s'exprimer dans la plus totale liberté. En résumé, la pédagogie de Rousseau peut être dite négative dans la mesure où elle propose d'intervenir le moins possible auprès de l'enfant afin de le laisser faire ses propres expériences.
Rousseau a donc élaboré une pédagogie active, à savoir une pédagogie où l'enfant participe entièrement au processus d'apprentissage. Cette pédagogie est également concrète parce qu’elle recourt à l'observation. Elle est aussi essentiellement utilitaire. En ce sens, elle prépare à la vie parmi les membres de la société. La pédagogie rousseauiste est en outre axée sur l'expérimentation et non sur l'étude livresque ou les exposés magistraux. À travers les différents stades de son développement, l'enfant apprend directement au contact des choses et non des mots ou des idées. C'est de cette manière que sa raison naturelle pourra se développer sainement, évitant ainsi la contamination par les préjugés.
La pensée éducative de Rousseau, uniquement fonctionnelle, repose sur un certain nombre de notions fondamentales dont nous avons fait l'examen plus haut. Résumons-les rapidement :
1) La pédagogie doit être fondée sur l'observation de l'enfant et reliée à une théorie générale de la nature humaine.
2) Il existe une nature propre à l'âme enfantine.
3) Il faut distinguer les étapes successives du développement naturel.
4) L'éducation par les choses doit primer sur celle par les mots et, par conséquent, les méthodes sensitives, intuitives et actives doivent être privilégiées.
5) L'apprentissage n'est valable que dans la mesure où il mobilise la motivation de l'enfant.
6) Il ne peut y avoir de révolution des institutions et des moeurs sans une révolution de l'éducation.

Quelques références

Cassirer, E. (2011). Rousseau, Kant, Goethe. Paris : Belin. Paru originellement en anglais en 1945.
Cassirer, E. (2001). La philosophie des Lumières. Paris : Fayard. Paru originellement en allemand en 1932.
Jolibert, B. (1987). Raison et éducation. Paris : Klincksieck.
Rousseau, J.-J. (1966). Émile ou de l'éducation. Paris: Flammarion. Première publication en 1762.
Turmel, A. (2013).  La nouvelle sociologie de l’enfance au prisme de Rousseau et de Locke. Dans A.M. Drouin-Hans, M. Fabre, D. Kambouchner et A. Vergnioux (Dir.) L’Émile de Rousseau : regards d’aujourd’hui. (p.99-110).Paris : Hermann.

mardi 10 novembre 2015

Essentiel espoir

Malgré la «prédation» de l'être humain envers lui-même, l'espérance renaît toujours, preuve que nous ne pouvons vivre sans espoir.

Pensée et modestie

Une pensée qui raisonne doit faire preuve de modestie.

Monades isolées

Nous sommes des êtres sociaux. Or, on veut nous convaincre que nous sommes des monades isolées.

Un problème très sérieux

Quand la liberté «d'entreprendre» prend le pas sur le bien-être du plus grand nombre et sur les intérêts des sociétés elles-mêmes, on peut être certain que nous faisons face à un problème très sérieux.

Sociétés en danger

La pensée utilitariste et individualiste qui a submergé l'Occident ces dernières décennies met nos sociétés en danger.

jeudi 5 novembre 2015

Crainte

Lorsque la bêtise et l'inculture deviennent «tendance», on peut craindre le pire non seulement pour la culture mais aussi pour la société et la démocratie.

Fausse croyance en enseignement

Contrairement à ce que croient un grand nombre d'enseignants, l'amour des enfants ne peut garantir la qualité de l'enseignement.

mercredi 4 novembre 2015

Exigences morales

La grandeur d'une personne se mesure non pas par sa notoriété, ni par son pouvoir, sa richesse ou son savoir. Elle se mesure par les exigences morales qu'elle s'applique à elle-même.

L'introuvable débat serein

Il est très difficile de tenir un débat rationnel et civilisé dans notre monde pris en otage par les bonimenteurs des médias à la solde des puissances économiques.

mardi 3 novembre 2015

Prudence

C'est dans la prudence, au sens où l'entendait Aristote, que ce trouve l'art d'agir avec sagesse.

Référence:
Aubenque, Pierre (2002). La prudence chez Aristote. Paris : PUF. Première édition parue en 1963.

Philosophie

La philosophie ne devrait pas être une recherche de l'érudition mais d'abord une quête de la vie bonne.

lundi 2 novembre 2015

Vivre et mourir

Nous vivons comme si l'éternité nous appartenait. Nous mourons ébahis de la brièveté de la vie.

Piètre production

Produire du savoir comme on produit des petits pains, c'est produire la bêtise.

Vaine recherche

On cherche toute sa vie et on ne trouve jamais, faute de savoir ce que l'on cherche.

Pour comprendre la profession enseignante

Tardif, M. (2013). La condition enseignante au Québec du XIXe au XXIe siècle. Québec : Les Presses de l’Université Laval.

Tardif, M. et Levasseur, L. (2010). La division du travail éducatif . Paris  : PUF.

Tardif, M., Lessard, C. (dir.) (2004). La profession d’enseignant aujourd’hui. Évolutions, perspectives et enjeux internationaux. Québec : Les Presses de l’Université Laval.

Tardif, M., Lessard, C. (1999). Le travail enseignant au quotidien. Contribution à l'étude du travail dans les métiers et les professions d'interactions humaines. Québec : Les Presses de l'Université Laval. 

dimanche 1 novembre 2015

Des valeurs mal placées

Je vis dans une société où il est plus facile de mobiliser les gens pour une équipe de hockey que pour venir en aide aux démunis.

Médias

Si les médias informaient vraiment, les puissants les interdiraient.

samedi 31 octobre 2015

Un pays heureux

Rydahl, Mylene (2014). Heureux comme un Danois. Paris : Grasset.

Un petit livre intéressant qui nous explique pourquoi les Danois remportent la palme des gens les plus heureux au monde. Pour constater aussi à quel point les valeurs néolibérales sont aux antipodes de la voie vers le bonheur.

vendredi 30 octobre 2015

Bêtise humaine

Quand je pense à la bêtise humaine, la nausée me prend et mon désespoir est immense de voir ce monde en proie à la folie.

Un peuple qui disparaît

J'appartiens à un peuple qui ne veut plus assumer sa différence et qui n'aspire qu'à se fondre dans le grand tout anglophone.

Promesse et trahison

L'art est une promesse...le monde une trahison.

Vanité

Notre vanité est immense et notre connaissance si mince.

Vaine recherche

Je cherche de vrais sages.
Je cherche de vrais saints.
Mais tout autour n'est que déception.

jeudi 29 octobre 2015

Les pays heureux

Les pays où les gens sont le plus heureux se caractérisent par des inégalités économiques relativement faibles et des mesures sociales fortes. 

Peuple et démocratie

Une démocratie ne s'épanouit pas grâce au gouvernement mais grâce au peuple.

Austérité

L'austérité en politique n'est qu'un autre nom pour désigner la spoliation des biens publics au profit des intérêts privés.

mercredi 28 octobre 2015

Les connaissants

Ceux qui prétendent connaître tout sur tout, sont tout sauf connaissants.

Arrogance

Nous devrions tous être humbles. Or, nous avons l'arrogance des ignorants.

mardi 27 octobre 2015

Un petit tour de philosophie

Pépin, C. (2012). Les dix philosophes incontournables du bac en philo. Paris : J’ai Lu. Collection Librio.

Les joies de l'enseignement au Québec

 Une profession mal payée
 Une profession faiblement reconnue
 Une profession  affligée d’un assez haut taux de décrochage
 Une profession où l’on vit pas mal de souffrance
 Une profession au faible pouvoir sur sa formation
 Une profession au faible pouvoir sur le système d’éducation
 Une profession où l’insertion professionnelle est longue et souvent difficile
 Une profession grandement précaire
 Une profession dont la pratique s’est complexifiée
 Une profession prise dans un contexte de travail peut invitant

lundi 26 octobre 2015

Vulgarisation

La bonne vulgarisation respecte la complexité de la science. La mauvaise la réduit à outrance.

Contradiction

Le problème avec l'être humain c'est que, souvent, il dit une chose et fait son contraire.

Un social tronqué

Jadis, le social devait se justifier sur le plan normatif et sur le plan idéologique. Aujourd'hui, il se contente de répondre au diktat de l'efficacité opérationnelle.

dimanche 25 octobre 2015

jeudi 22 octobre 2015

Absence de dialogue

Trop peu de gens sont prêts à chercher honnêtement en commun la vérité; ils ne veulent pas de dialogue. Ils préfèrent débattre c'est-à-dire que leur objectif est moins la vérité que la victoire.

Des débats viciés

L'une des grandes constances dans les débats sur l'éducation que nous donnent à lire les médias, c'est l'enflure des propos et la caricature. Rarement avons-nous droit à une argumentation posée et nuancée.

lundi 19 octobre 2015

Recherche du bon terme

Quel serait le meilleur terme pour qualifier celui pour qui la vie humaine n'est qu'une équation mineure dans son plan d'affaire ?

Mort du sacré

Quand tout devient marchandise, plus rien n'est sacré.

Oreilles bouchées

Il ne manque pas de Socrate en ce monde, mais on ne les écoute pas.

Médias

Avec moins de paresse et plus de rigueur, nous aurions de meilleurs médias. Mais qui les écouteraient?

Les vrais grands

Les vrais grands sont humbles.

Rire de tout

Rire de tout c'est ne tenir à rien.

Vraies démocraties

Si nous étions dans de vraies démocraties nous aurions des gouvernements qui nous ressemblent.

jeudi 15 octobre 2015

Intellectuel médiatique

Le plus difficile pour un intellectuel médiatique c'est de rester un intellectuel.

Idées et marchandises

Il en va des idées comme des marchandises, lorsqu'on les produit à la chaîne il y a une perte de qualité.

Un magnifique mélange

La science n'est pas sagesse. La connaissance n'est pas éthique. Mais, mises toutes ensemble, elles font un magnifique mélange dont la valeur est à la hauteur de sa rareté.

mercredi 14 octobre 2015

Des Dieux à notre image

« Si les bœufs et les lions avaient des mains et pouvaient peindre comme le font les hommes, ils donneraient aux dieux qu'ils dessineraient des corps tout pareils aux leurs, les chevaux les mettant sous la figure de chevaux, les bœufs sous la figure de bœufs. »

Xénophane
philosophe pré-socratique né vers -570 et décédé vers -475 de notre ère.

Valeur d'usage

Une des pires choses qui puisse arriver à quelqu'un en régime capitaliste c'est de perdre sa valeur d'usage.

Vue limitée du monde

Lorsque l'on pense le monde dans un paradigme utilitariste (comme c'est le cas dans nos sociétés capitalistes), toute la réalité - physique et humaine - est vue comme une chose, un «bien» dont on peut se servir.

mardi 13 octobre 2015

Âme perdue

En faisant du capitalisme et de la technologie nos maîtres et en décrétant la consommation comme notre projet social, nous avons perdu notre âme.

lundi 12 octobre 2015

Limiter la concentration du pouvoir

L'anthropologie nous apprend que de très nombreuses sociétés traditionnelles ont su mieux que nous créer des contre-pouvoirs et ainsi limiter l'appropriation du pouvoir par une minorité au détriment des autres. Ces sociétés ont mis en place toute sorte de mécanismes afin de s'assurer que personne ne puisse tout contrôler à son seul bénéfice. En somme, ces sociétés sont restées plus égalitaires que les nôtres. 

À quoi sert l'histoire des sciences?

Morange, Michel (2010). À quoi sert l’histoire des sciences ? Paris : Éditions Quae. Collection Sciences en question. Conférence prononcée le 26 octobre 2006.

Texte fort intéressant du biologiste français Michel Morange.

Un plaidoyer sur l'importance de l'histoire, de la philosophie et de la sociologie des sciences. 

dimanche 11 octobre 2015

Prédateur

Nous sommes notre plus grand prédateur.

Le pire

Après la Shoah, après le Cambodge, après le Rwanda, comment peut-on croire que le pire ne peut nous arriver ? Le pire peut toujours arriver...à tous ! Il faut donc être vigilant !

S'occuper de la démocratie

La démocratie est comme une plante, il faut s'en occuper sinon elle meurt.

samedi 10 octobre 2015

Pour nous aider à penser les sociétés d'aujourd'hui

Walzer, Michael (2010). La soif du gain. Paris : L’Herne. Collection Carnets.

L'auteur est un éminent philosophe américain.

jeudi 8 octobre 2015

Livres et vie

Il n'y a pas les livres d'un côté et la vie de l'autre. Les livres, c'est aussi la vie.

mardi 6 octobre 2015

Un monde inhumain

C'est un monde inhumain que nous construit le capitalisme financier avec la complicité des élus du peuple. Dans ce monde, il n'y pas de place pour le partage et la solidarité.

Préférence d'État

Il n'y a rien qu'un État autoritaire aime mieux qu'un peuple docile et silencieux.

Fausse croyance

Quand on se croit tout puissant, on est persuadé que ni le passé, ni autrui n'ont quelque chose à nous apprendre. Heureusement, la réalité finit généralement par démentir cette croyance.

dimanche 4 octobre 2015

Discours de la droite conservatrice

Le discours de la droite conservatrice est un discours de peur et de haine, rien pour bâtir une société heureuse.

Ce qui motive les néolibéraux

Je cherche ce qui peut motiver les tenants de la droite néolibérale et je ne trouve que l'égoïsme et la cupidité, 

Mensonge et politique

Le mensonge est à la politique ce que le sel est aux frites : un incontournable.

Giorgio Agamben

De merveilleux petits livres d'un grand philosophe.
Agamben, G. (2015). La guerre civile. Pour une théorie politique de la stasis. Paris : Points.
Agamben, G. (2013). Qu’est-ce que le commandement ? Paris : Éditions Payot & Rivages.
Agamben, G. (2007). L’amitié. Paris : Éditions Payot & Rivages.

jeudi 1 octobre 2015

Un mensonge

Depuis l'effondrement du Bloc communiste, on veut nous faire croire que le capitalisme financier est l'horizon indépassable de l'humanité. Ce mensonge, trop de gens le croient et cessent ainsi de chercher des alternatives à la sauvagerie de notre monde soumis à la dictature de l'oligarchie de l'argent.

Toujours actuel

«(...) un économisme qui met la richesse privée au centre de la détermination sociale, la bonne conscience retrouvée des agioteurs, des corrompus, des spéculateurs, des financiers, des gouvernements soucieux de soutenir l'enrichissement des riches : voilà la vision du monde qu'on nous propose sous les étendards triomphaux de la civilisation». 

Alain Badiou
(1991) 

Référence
Badiou, A. (2012). D'un désastre obscur. Droit, État, Politique. Paris : L'aube. Paru originellement en 1991, p. 31-32.

Danger extrême

Le capitalisme aujourd'hui peut se passer de la démocratie. C'est ce qui le rend si dangereux.

Asservissement

Le meilleur moyen d'asservir un peuple est de le priver d'une éducation de qualité.

mercredi 30 septembre 2015

Débat et dialogue

Le débat est une compétition, le dialogue une collaboration. Dans le premier c'est le plus fort qui triomphe, dans le second c'est la vérité.

Pour entendre parler de politique autrement

Discussion entre deux philosophes :

Badiou, Alain, Kakogianni, Maria (2015). Entretien platonicien. Paris : Lignes. 70 pages.

Des absolus

Au-delà du relativisme, il nous faut renouer avec des absolus.

Lutter encore

Rester vivant c'est lutter contre l'ordre établi même lorsque l'on vieillit.

Démocratie moderne

Il faut tout un peuple dans la rue pour que le gouvernement écoute. Il faut un seul coup de téléphone d'un banquier pour qu'il obtempère.

mardi 29 septembre 2015

Supercherie

Faire croire aux individus que les fers qu'ils portent aux pieds sont la conséquence des règles de la nature et non pas de l'arbitraire des puissants.

Fantasme néolibéral

Le fantasme de tout néolibéral est de vivre dans un monde où il n'y aura plus de société, ne subsistera que des individus en compétition les uns avec les autres.

Une éducation qui n'en est plus une

Un peu partout dans le monde, depuis les années 1980 (moment où le néolibéralisme débute son ascension), une conception purement utilitaire, fonctionnelle, opérationnelle et pragmatique de l'éducation est mise de l'avant. Cette éducation n'en est plus une en fait. Elle est devenue quelque chose comme un entraînement à la fonction de travailleur. 

Attaques contre les sciences humaines et sociales

L'omniprésence de la pensée gestionnaire et l'effritement des démocraties au profit de pouvoirs de plus en plus autoritaires se traduisent par des attaques de plus en plus ouvertes contre les sciences humaines et sociales, sciences qui ont toujours eu une fonction critique. Les États tentent ainsi d'affaiblir - sinon de faire carrément disparaître - ces sciences afin de diminuer la capacité des sociétés à se penser autrement.

lundi 28 septembre 2015

Le fanatisme politique

Le fanatisme politique tente toujours de détruire la raison et la science, c'est une constante de l'histoire.

Les radicaux

Les radicaux ne sont pas dans la rue ou dans l'opposition au Canada et au Québec, ils sont au pouvoir.

vendredi 25 septembre 2015

Un fléau

Le néolibéralisme est à la peste du monde moderne, un fléau qui détruit tout sur son passage.

Population cultivée

Notre société n'a jamais compté autant de diplômés universitaires. Plus scolarisée notre population ? Assurément ! Plus cultivés les québécois ? Là c'est moins sûr !

mercredi 23 septembre 2015

Menace

Partout dans les supposées démocraties, la liberté d'expression est menacée.

Farce et pantins

Nos démocraties sont une farce et nos gouvernements des pantins.

mardi 22 septembre 2015

La mission culturelle de l'école

Ce qui suit est une note de lecture du texte :


Résumé du texte

Ce texte aborde la question de la mission culturelle de l’école. L’auteur y présente d’abord une théorie de la culture développée par le sociologue et philosophe Fernand Dumont dans le cadre de différents ouvrages. Puis, en s’appuyant sur cette théorie, Simard discute quant au rôle de formation culturelle de l’école et enfin, il présente quelques conditions nécessaires afin que l’école puisse remplir sa fonction de transmission culturelle.

Problématique

Plusieurs enseignants se questionnent quant au rôle que l’école doit jouer dans la société actuelle, en particulier en ce qui concerne l’éducation culturelle et la prise en compte de la diversité culturelle chez les élèves. Dans ce chapitre, l’auteur tente de répondre à la question-titre, soit : comment penser aujourd’hui la nature et le rôle de l’école à l’égard de la formation culturelle des élèves ? ».

Cadre de référence

L’auteur tente de définir le concept de culture, en se basant sur les travaux du sociologue et philosophe québécois Fernand Dumont, et plus particulièrement sur son ouvrage Le lieu de l’homme, datant de 1968.

Fernand Dumont présente la culture comme étant à la fois distance et mémoire. En tant que mémoire, la culture constitue une « reprise vivante du passé » qui permet à l’homme de s’ancrer historiquement et de mieux comprendre le monde qui l’entoure : « Tout être humain est le produit de sa culture, d’un long processus historique où le langage joue un rôle décisif ». (p. 52) En tant que distance, la culture amène l’homme à se mettre à l’écart de soi-même : « C’est dans ce sursaut où la conscience se met à distance d’elle-même que la culture se constitue comme horizon » (p. 52).  Ainsi, la culture agit comme une médiation de la conscience qui permet à l’individu de mieux se connaître lui-même.

Dumont établit un dédoublement entre la culture première et la culture seconde. La culture première correspond au milieu culturel d’origine, c’est-à-dire aux conduites sociales, règles, langages, interprétations du réel et modèles de comportement acquis en bas âge. Pour sa part, la culture seconde correspond à l’art, la littérature, la science, l’histoire et la philosophie. « La culture seconde doit être envisagée comme mouvement de dépassement, de distanciation, d’arrachement à la culture première. C’est dans cette distance que la conscience se développe. » (p. 53). Enfin, Dumont traite du concept de réflexivité qui permet cette prise de distance à l’égard de la culture première et cette élaboration de la culture seconde.

Énoncés fondamentaux

Simard propose trois énoncés quant à la nature de l’école en lien avec la culture :

1) L’école est un cercle de culture seconde : « Avec ses cheminements obligés et ses rites de passage, ses programmes, ses contenus et ses procédés d’apprentissage, l’école est un « cercle de culture seconde », c’est-à-dire une institution foncièrement culturelle vouée à la compréhension du monde. » (p. 55) Ainsi, l’école permet d’initier les élèves à un patrimoine de culture seconde en les mettant en contact avec un ensemble de savoirs, de valeurs et d’œuvres culturelles. Elle permet de maintenir et de transmettre un héritage humain et culturel afin que celui-ci soit conservé, connu et appris. Par contre, l’école se doit de sélectionner quels éléments culturels elle souhaite intégrer à son programme, et cette sélection, qui diffère selon les époques, les pays et les traditions, viendra influencer la vision de l’homme et du monde qu’elle proposera aux élèves. Par ailleurs, en initiant les élèves à la culture seconde, l’école leur permet de se distancier de leur culture première : « L’école, répétons-le, est le lieu privilégié de la formation culturelle des élèves, le lieu d’une prise de distance à l’égard des significations spontanées de la vie quotidienne et d’élaboration d’une culture seconde qui permet de la comprendre et de lui donner un sens » (p. 58)

2) L’école n’est pas la vie, mais une reprise consciente de la vie : L’école permet de reprendre consciemment certains éléments donnés faisant partie de la culture première (langage, phénomènes naturels, musique, etc.) afin d’en faire l’étude consciente. Il s’agit d’une « reprise du donné pour en faire une culture ».

3) L’école est un foyer de discussion, d’examen critique et d’intégration de la culture : En tant que foyer de discussion, l’école permet le partage de la parole favorisant ainsi la connaissance du monde et la compréhension de soi et des autres.  En tant que foyer d’examen critique, elle incite à remettre en question  les significations, institutions et représentations établies et elle amène les élèves à porter un regard critique  sur le monde afin de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Enfin, en tant que foyer d’intégration de la culture, elle permet de faire des liens afin de réintégrer la culture actuelle, qui se présente souvent sous une forme fragmentée ou morcelée.

Selon Simard, dans le contexte actuel de discontinuité et de fragmentation de la culture, le rôle que doit jouer l’école quant à la formation culturelle  nécessite de restaurer quatre continuités :

1) La continuité entre les savoirs et la vie : L’école doit permettre de restaurer la pertinence des savoirs, c’est-à-dire de donner une signification aux apprentissages réalisés. Pour ce faire, elle doit établir des liens entre les savoirs et des questions, problèmes, besoins ou intérêts qui rejoignent l’élève, c’est-à-dire qui sont en lien avec sa vie quotidienne ou encore avec des préoccupations universelles telles que l’origine du monde, des hommes et de la vie. Ainsi, l’élève peut prendre conscience que les savoirs constituent des productions humaines qui peuvent nous aider à mieux comprendre le monde qui nous entoure et à mieux nous comprendre nous-mêmes en tant qu’êtres humains.

2) La continuité entre les savoirs : Dans la société actuelle, où on assiste à une multiplication exponentielle de l’information, le savoir devient de plus en plus morcelé, spécialisé et fragmenté et il devient de plus en plus difficile d’en constituer un tout cohérent permettant une vision globale et intégrée. Afin de transmettre une véritable culture, l’école se doit donc de veiller à l’intégration des savoirs, c’est-à-dire à la création de  liens entre les différentes sphères de la connaissance.

3) La continuité entre les hommes : L’école a pour rôle de préparer les élèves à vivre dans une société complexe et pluraliste. En ce sens, elle doit contribuer à développer chez les élèves des valeurs liées au vivre-ensemble telles que l’ouverture à la pluralité et à la différence, la compréhension, le respect d’autrui et l’écoute. Pour ce faire, l’école doit mettre en place une pédagogie du dialogue permettant de créer un espace public de discussion et d’interprétation du monde où chacun est libre de s’exprimer tout en respectant, en écoutant et en cherchant à comprendre les autres.

4) La continuité entre le passé et le présent : « Restaurer la continuité entre le passé et le présent, c’est faire prendre conscience aux élèves qu’ils sont les héritiers d’une histoire locale, nationale, d’une civilisation; c’est leur permettre de se situer dans l’histoire et dans leur identité personnelle mais c’est surtout leur donner les moyens de comprendre l’histoire, de la poursuivre en y jouant une part active. » (p. 66) Afin de restaurer cette continuité, il faut bien sûr enseigner l’histoire, mais également intégrer une perspective historique dans l’enseignement de toutes les disciplines. Ainsi, la formation culturelle offerte à l’école doit comprendre une composante historique importante, permettant à l’élève de prendre davantage conscience des ancrages historiques des différents savoirs proposés.

Interprétation

L’auteur propose quatre conditions essentielles pour faire de l’école un véritable lieu de culture :

1) Une conscience claire de la nature culturelle de l’école et de l’activité enseignante : L’enseignement ne peut exister sans la culture. L’école a un double rôle de médiation : médiation à la culture du passé (transmettre l’héritage culturel du passé) et médiation à la culture du présent (intégrer les élèves à la culture actuelle et les préparer à l’exercice de la citoyenneté).

2) Une conception explicite et articulée de la culture : En ayant une conception explicite et articulée de la culture, il serait plus facile de déterminer les critères de sélection des contenus scolaires ainsi que d’orienter les pratiques pédagogiques enseignantes.

3) Un équilibre entre les grands domaines d’apprentissage : Il faut établir un équilibre dans les programmes scolaires entre les disciplines liées à la rationalité (le sensé, le cognitif) et les disciplines liées à la sensibilité (le sensible, le senti) puisque la culture s’élabore à la fois dans le sensé et dans le senti.

4) Un rapport vivant à la culture : Les enseignants se doivent d’être cultivés, non pas tant en termes d’érudition mais plutôt en termes de passion, de curiosité et d’ouverture pour différents aspects de la culture. L’enseignant agit alors à titre de médiateur, de passeur culturel : « Il faut le redire : la culture n’est pas d’abord dans des programmes, elle est dans des enseignants qui l’incarnent et la partagent, qui la rendent vivante en montrant qu’elle peut répondre à nos questions, à notre besoin de comprendre et nos attentes de sens (Simard, 2001) »

Conclusion

En conclusion, l’auteur réitère l’espoir de faire de l’école un véritable lieu de culture : « un lieu  d’appropriation du monde en donnant à chacun le meilleur de l’expérience humaine considérée comme culture. » (p. 71)